Décryptage

Lupin III : comment le Japon a-t-il créé “son” Arsène Lupin en 1967 ?

04 mars 2026
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Lupin III : comment le Japon a-t-il créé “son” Arsène Lupin en 1967 ?
©Monkey Punch/TMS

Dans l’ombre du vénérable Arsène Lupin de Maurice Leblanc, son improbable descendant japonais, Lupin III, est devenu une icone de la pop culture nippone.

Le 25 mars prochain, le long métrage Lupin the IIIrd the Movie : la lignée immortelle fera une entrée fracassante dans les salles de cinéma françaises. Treizième film d’animation d’une franchise qui compte aussi des adaptations en prise de vue réelle, une trentaine de téléfilms, diverses adaptations en manga et huit séries animées, elle met en scène Arsène Lupin III, descendant du célèbre cambrioleur français. Une revisite pop et farfelue du personnage créé par Maurice Leblanc, dont la notoriété fait désormais jeu égal avec son modèle.

Un personnage créé presque par hasard

Au début des années 1960, le jeune Kazuhiko Katō, un Japonais vivotant de petits emplois dans le domaine de l’électronique, ne s’imaginait sans doute pas être le futur créateur de l’un des personnages de mangas les plus connus de tous les temps. Katō n’est à cette époque pas un total inconnu dans le milieu de la BD, qu’il dessine en amateur avec son frère et un ami commun.

Ses quelques travaux professionnels passent alors inaperçus, notamment ses yonkoma, des strips humoristiques qu’il publie dans les magazines pour adultes des éditions Futabasha. Fumito Shimizu, un cadre de l’entreprise, le remarque néanmoins au bout de quelques années. Son humour irrévérencieux et son style davantage inspiré des comics et du magazine américain MAD que des classiques d’Ozamu Tezuka font de lui un dessinateur singulier.

Fumito demande à Katō de prendre le pseudonyme de « Monkey Punch » pour la simple raison que cela « sonne américain ». Un pseudonyme un peu grotesque qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie. Katō devient l’un des dessinateurs principaux du Weekly Manga Action, un nouveau magazine destiné à un public de jeunes actifs.

Lupin III emprunte autant aux codes du manga qu’à ceux du cartoon américain.©Futabasha

La mode est alors aux histoires mêlant gags, érotisme et action. Monkey Punch s’engage pour une série de trois mois, mettant en scène un cambrioleur gaffeur et attachant accompagné d’un pistolero et d’un samurai. Cette quasi-parodie, improvisée en quelques jours, donne naissance au personnage de Lupin III qui, loin de ne durer qu’une poignée de semaines, l’accompagnera toute sa carrière.

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Des influences allant de James Bond à Tom & Jerry

Si le succès de Lupin III est imputable au sens de l’humour et aux récits bien ficelés de Monkey Punch, le public a aussi été profondément charmé par le melting pot d’influences qui enrichissent la série. S’inspirant des films James Bond, il crée une partenaire et rivale à son héros, Minne Fujiko. Passionné par les cartoons de Hanna Barbera, il introduit des poursuites farfelues avec l’inspecteur Zenigata d’Interpol, calquées sur celles de Tom & Jerry.

Plutôt qu’un grand récit épique, Monkey Punch fait vivre à ses personnages un ensemble d’histoires passionnantes, sans souci particulier de cohérence ou de temporalité. Lupin peut être prisonnier d’une geôle humide pendant des années dans un chapitre et en ressortir comme si de rien n’était, frais comme un gardon, dans le suivant. Ses rapports amoureux avec Minne changent en fonction des besoins du moment. Seules comptent la qualité des cambriolages et la créativité graphique.

Avec 14 volumes publiés en seulement quatre ans, le manga Lupin III, est un succès colossal, qui assure la prospérité du magazine. Le mangaka, s’il ne cesse jamais de publier d’autres séries moins connues en parallèle, restera fidèle à son personnage et dessinera ou supervisera de nombreuses autres histoires dans le même univers jusqu’à sa mort, en 2019. Mais c’est avant tout les adaptations audiovisuelles de son œuvre qui feront de Lupin III un personnage phare de la culture nippone.

Du Lupin de papier au Lupin animé

En 1969, alors que le premier manga Lupin de Monkey Punch est au sommet de sa gloire, les éditeurs lancent un projet d’adaptation sur grand écran. La première tentative, un pilote de 12 minutes, peinera à convaincre les diffuseurs, réticents à l’idée de programmer un dessin animé violent et sensuel. Après une production chaotique, TMS Entertainement met néanmoins en chantier une ambitieuse série animée, Lupin the Third Part I, qui connaîtra en 1971 un succès encore plus conséquent que sa version papier. Des millions de téléspectateurs se pressent devant leur écran, la série (premier dessin animé à destination d’une audience adulte au Japon) avoisinant les 10 % de part de marché, un score considérable pour ce type de programme.

La licence a connu des spin-off et des suites à foison, comme ici avec cet improbable film de 2019.©Kodansha

Lupin the Third Part I a une influence monumentale sur une génération de scénaristes et de créateurs japonais, et sert de laboratoire d’animation à nombre de jeunes talents : les jeunes Hayao Miyazaki et Hideo Takahata travaillent tous deux d’arrache-pied sur certains épisodes de la série. Une suite fleuve de 155 épisodes voit le jour en 1977, achevant de faire de Lupin III un visage familier dans tous les foyers de l’archipel.

La série mettra néanmoins des décennies à percer à l’étranger, notamment en raison de problèmes de droits. L’œuvre de Maurice Leblanc n’étant alors pas encore tombée dans le domaine public, ses ayants droit bloquent la diffusion de la série dans de nombreux pays. Ou demandent, a minima, le retrait des références à l’œuvre de leur aïeul. C’est ainsi que Lupin III devient Wolf chez les anglophones et Edgar de la Cambriole en France, lors d’une diffusion télévisée confidentielle au début des années 1980. Pendant longtemps, l’Italie est l’un des seuls territoires étrangers où le personnage acquiert une certaine notoriété.

Depuis, le cambrioleur facétieux a repris son vrai nom partout dans le monde. Et la Lupin-mania, jamais retombée dans son pays d’origine, s’est emparée des amateurs d’animation japonaise partout dans le monde. Netflix et Amazon Prime Vidéo, et des plateformes spécialisées comme Crunchyroll se partagent les droits de la montagne d’œuvres dérivées produites dans l’univers de Lupin III. Et, depuis quelques années, les films adaptés de la licence se paient même le luxe de diffusions prestigieuses en festivals et d’une large distribution dans les salles obscures. Ce qui explique sans doute que Lupin the IIIrd the Movie : la lignée immortelle, réalisé par le talentueux Takeshi Koike (Redline), soit l’un des films d’animation les plus attendus de cette première moitié de 2026.

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