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Après les réseaux sociaux, le gouvernement veut s’attaquer aux VPN

02 février 2026
Par Pierre Crochart
Après les réseaux sociaux, le gouvernement veut s'attaquer aux VPN
©NordVPN

La régulation du Web semble un sujet majeur des projets gouvernementaux français pour 2026. Au bénéfice de qui ?

C’est désormais (presque) acté : les adolescents de moins de 15 ans n’auront plus accès aux réseaux sociaux, en France, à compter du 1er septembre 2026. Plus tard, au 1er janvier 2027, tous les internautes de l’Hexagone devront se plier à une vérification d’âge pour pouvoir accéder à leur plateforme en ligne préférée. Un processus intrusif, qui pose d’énormes questions d’anonymat et de protection des données, qui pourrait aussi s’accompagner d’une interdiction des VPN (réseaux privés virtuels) – ces logiciels permettant de masquer son adresse IP réelle pour une navigation web plus confidentielle.

Le VPN : nouvelle cible du gouvernement

Interrogée par France Info le week-end dernier sur le cas des VPN qui, justement, permettraient d’outrepasser cette vérification d’âge en se localisant dans un autre pays, la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a laissé planer le doute sur leur légalité à moyen terme.

« Les VPN, c’est le prochain sujet sur ma liste », a-t-elle lâché après avoir reconnu l’existence de ces programmes dédiés à la confidentialité en ligne – et bannis exclusivement de pays aux régimes autoritaires comme la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord. Pour l’heure, on n’en saura pas plus sur les plans du gouvernement. Mais l’interdiction, ou, a minima, la restriction des VPN est une vieille rengaine. Et, dans un contexte de fort recul de l’anonymat en ligne, sous couvert de protection de l’enfance, chaque nouvelle tentative législative nous rapproche un peu plus d’un point de bascule.

Plusieurs scénarios seraient envisageables. Le premier serait de réserver l’usage de VPN aux plus de 15 ans, afin que les mineur·es ne puissent se servir de ce genre de programmes pour accéder, malgré tout, aux réseaux sociaux (en réalité, un simple maquillage grossier suffit pour tromper les algorithmes de détection de l’âge…). Notez que cela impliquerait alors que les fournisseurs de VPN demandent à leurs utilisateurs et utilisatrices de scanner leur visage. Pour des produits justement destinés à renforcer la confidentialité en ligne, c’est plutôt paradoxal. Le second scénario impliquerait une forte restriction, voire un bannissement total des VPN sur le territoire.

Pourquoi il est important de défendre les VPN

Avec les messageries chiffrées (comme Signal), le VPN fait partie de l’attirail standard des personnes ayant à cœur de naviguer sur le Web de façon confidentielle. Comme les messageries chiffrées, c’est vrai, les VPN peuvent être détournés de leur usage premier par des cybercriminels (voire des criminels tout court) afin de les rendre plus difficiles à coincer. Mais, ce genre d’outils est également indispensable aux journalistes d’investigation, aux lanceurs d’alerte, aux internautes résidant dans un pays autoritaire et souhaitant s’informer sur l’actualité du monde – ou même simplement rester en contact avec les pays voisins.

Plus prosaïquement, le VPN offre une certaine forme de sérénité sur un Web de plus en plus surveillé. En utiliser un, ce n’est pas louche. De la même manière que vous posiez peut-être un livre entre vous et votre voisin de table lors d’un devoir en classe pour qu’il ou elle ne copie pas sur vous, un VPN vous permet d’explorer le Web seul·e, sans personne susceptible de regarder par-dessus votre épaule. Sans jugement, sans trace.

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Article rédigé par
Pierre Crochart
Pierre Crochart
Journaliste