Cofondateur du duo Air, JB Dunckel a une nouvelle fois exploré en solitaire des paysages sonores organiques. Le compositeur revient de son dernier voyage avec un nouvel album atmosphérique et envoûtant, intitulé Paranormal Music Chamber. Rencontre.
Violoncelle, violon, alto, contrebasse et flûte, c’est avec ce quintette de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, et avec l’aide du compositeur et pianiste Harry Allouche, que JB Dunckel a revisité les mélodies issues de son précédent album, Paranormal Musicality (2024), initialement composé au piano. Dans cette version mélancolique et orchestrale, faite d’harmonies planantes et enchanteresses, le musicien – figure clé de la French Touch – rend hommage à ses professeurs et aux sensations d’antan, parfois liées à l’univers des océans.
Vous revenez d’une tournée phénoménale avec Air, qui vous a conduit aux quatre coins du globe, à célébrer la clôture des Jeux de Paris 2024 et les 50 ans de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle. Comment vous sentez-vous ?
C’était une aventure géniale ! On a le sentiment du travail accompli. La tournée a duré deux ans et nous a menés à l’international, en Europe, aux États-Unis et en Australie. Nous sommes connus un peu partout, ce qui, au final, représente beaucoup. Cela nous a permis d’investir des lieux prestigieux comme le Hollywood Bowl à Los Angeles, le festival Red Rocks, près de Denver, dans un cadre naturel incroyable… puis le Grand Palais à Paris, en décembre dernier. Nous étions accompagnés d’excellents designers lumière, qui nous ont aidés à habiter pleinement ces lieux d’exception.
Maintenant, vous prenez le contre-pied en présentant Paranormal Music Chamber, un album intime et minimaliste.
En effet ! Cet album est une réorchestration de mes morceaux, composés et enregistrés au piano, qui avaient donné lieu à la sortie de Paranormal Musicality, paru en 2024.
Les compositions y sont beaucoup plus instinctives, naturelles et vivantes. En improvisant énormément, ces albums m’ont permis de capter la spontanéité, ce que je ne fais pas avec Air ni sur mes autres projets plus électro, où la musique est davantage produite et “digérée”.
Peut-on dire que, pour ces compositions, vous êtes entré en transe ?
Totalement ! Je cherche toujours la grâce divine. Je tente de traduire cette transe par le son, et ainsi de partager cet état avec ceux qui m’écoutent.
Cet album a été enregistré avec un quintette à cordes. Quelles sont vos influences en matière de musique et notamment de classique ?
Ma musique me ressemble. Elle est mélancolique, et j’écoute des artistes qui le sont tout autant, comme John Martyn ou Nick Drake. Mais je suis aussi très marqué par le néoclassicisme, avec des musiciens comme Philip Glass et surtout Max Richter. J’aime beaucoup le travail de Nils Frahm, qui mêle avec finesse musique électronique et piano. Il sait parfaitement improviser avec des synthétiseurs. Pour ma part, je suis fasciné par le piano, mon premier instrument, et je cherche à développer mes capacités d’improvisation, à me faire davantage confiance sur scène. C’était mon objectif premier : ne pas m’enfermer en studio et aborder la musique différemment sur scène.
Pour cet album, vous avez enregistré avec un quintette composé d’un violoncelle, d’un violon, d’un alto, d’une flûte et d’une contrebasse. S’il ne fallait en garder qu’un seul, lequel choisiriez-vous ?
Hier, j’étais au concert de John Williams à Radio France, le compositeur des musiques d’Indiana Jones, E.T., Star Wars ou encore Jurassic Park. J’étais juste devant, recevant la musique en pleine figure. J’écoutais attentivement tous les instruments, en particulier les violoncelles. Leur timbre est magnifique et se rapproche beaucoup de celui de la voix. Il m’est alors apparu comme une extension de la cage thoracique. Je choisirais donc le violoncelle.

L’album est très organique, mais son titre, Paranormal Music Chamber, renvoie à une notion plus abstraite. Pourquoi ce choix ?
La première version, enregistrée au piano, marquait un retour aux sources : à mon enfance et à mes professeurs, aujourd’hui disparus. Je les perçois désormais comme des présences, presque des fantômes, qui guideraient mes doigts. En tant que musicien, je pense que l’enseignement reste gravé en nous et que, d’une certaine manière, l’âme de mes professeurs perdure à travers ma musique.
Quels sont vos projets ? Un nouvel album d’Air est-il au programme ?
J’ai des musiques de film à composer, mais j’ai aussi envie de revenir à la pop, avec des chansons, seul pour l’instant, même si un projet avec Air n’est pas exclu. Pour le moment, nous nous remettons surtout de la tournée !