Entretien

Entre burn-out et punchlines : le seule-en-scène hilarant et sensible de Lola Dubini

10 mars 2026
Par Catherine Rochon
Entre burn-out et punchlines : le seule-en-scène hilarant et sensible de Lola Dubini
©DR

De son burn-out, la comédienne et chanteuse Lola Dubini a tiré un seule-en-scène, « Prélude » – actuellement à la Nouvelle Seine à Paris – , oscillant entre anecdotes hilarantes, souvenirs générationnels et chansons intimes. Elle nous raconte la genèse de ce spectacle, la nécessité de parler de santé mentale… et de sa « théière cassée ».

Elle a le rire contagieux et la punchline affûtée. Révélée par La France a un incroyable talent à 15 ans, Lola Dubini a ensuite tracé son sillon sur YouTube avant de conquérir les plateaux de télé (Léo Matteï, Demain nous appartient) et les planches de théâtre.

Dans Prélude, son nouveau seule-en-scène présenté à la La Nouvelle Seine, la comédienne lève le voile sur ses failles, ses insécurités et le burn-out qui l’a laissée à terre pendant deux ans. Mais ici, pas d’apitoiement – bien au contraire. Entre vannes qui fusent au quart de tour, reprises des L5 ou de Diam’s, imitation délirante de prépuce et clins d’œil bienveillants, la jeune trentenaire parvient à nous faire rire autant qu’à nous émouvoir, dans un même élan. Rencontre avec une artiste qui a décidé de faire de ses fissures une force.

Comment est venue l’idée de ce spectacle aussi intime ?

Sous couvert de rire, j’ai voulu aller vers une vraie mise à nu. L’idée de départ était de montrer que, contrairement à ce qu’on imagine souvent, les artistes ne sont pas des personnes exceptionnelles qui n’ont pas de problèmes. Au contraire, on vit les mêmes angoisses que tout le monde.

J’avais envie de dire aux gens : si moi, j’ai réussi à dépasser certaines choses, alors vous pouvez le faire aussi. C’est une manière de se sentir moins seul·e dans ses tristesses et dans ses questionnements.

Y a-t-il un spectacle ou un·e artiste qui t’a donné envie d’aller vers quelque chose d’aussi cathartique ?

Oui, des chanteur·se·s et des chansons. Par exemple, j’ai beaucoup écouté Yaël Naïm quand j’étais plus jeune, à une période où ça n’allait pas du tout. J’ai même pu la rencontrer récemment et lui dire à quel point sa musique m’avait accompagnée.

Il y a aussi des artistes très différents comme Céline Dion ou Tété. Aujourd’hui, je trouve qu’il y a de plus en plus de paroles qui se libèrent chez les artistes qui ont de la visibilité. Ils parlent davantage de ce qu’ils ont traversé, et je pense que ça aide aussi les gens à aller mieux.

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Pourquoi avoir choisi la scène pour parler de santé mentale ?

Je pense qu’on a tout intérêt à montrer les vraies choses de la vie. J’avais envie d’être connectée aux gens et au réel.

Le spectacle était pour moi le meilleur médium pour ça : honorer ce que je ressens, honorer ce que je suis. Et puis, très honnêtement, c’était aussi une façon de faire une thérapie un peu moins chère, tout en rencontrant des gens à qui ça parle. La santé mentale, c’est un peu le mal du siècle. Plus on en parle, mieux on va.

Pour moi, c’était impossible de faire un spectacle sans évoquer ce moment de ma vie. J’avais besoin d’expliquer ce que j’avais traversé pour que les gens comprennent d’où je viens aujourd’hui.

Dans le spectacle, tu évoques la métaphore de la théière fissurée pour parler de ton burn-out. Y a-t-il eu un moment précis où tout a craqué ?

Oui. À une période, je me laissais un peu marcher dessus parce que je n’avais plus la force de lutter. Un soir, quelqu’un avec qui je travaillais m’a dit une phrase qui a dépassé la limite de ce que j’étais prête à entendre. Là, j’ai réagi. Ça a été un déclic.

Je me suis rendu compte que monter sur scène représentait un investissement énorme, un vrai challenge quotidien. Et que je ne pouvais plus continuer à laisser certaines personnes me faire sentir le contraire. Je pense qu’il ne faut pas dire que certaines personnes sont négatives, mais il y a des moments où les énergies ne correspondent plus.

Lola Dubini

Combien de temps t’a-t-il fallu pour te reconstruire ?

À peu près deux ans. Il m’a fallu ce temps pour comprendre ce que j’avais traversé et pour mettre des mots dessus. Je ne me suis pas particulièrement fait aider par des psys, même si je pense que c’est très important pour ceux qui en ont besoin.

J’ai surtout eu la chance d’avoir une famille très présente et des collaborateurs incroyables qui m’ont dit : prends ton temps, on sera là quand tu reviendras. Dans ce métier, se sentir soutenue par son équipe, ça change tout.

Y a-t-il des œuvres qui t’ont aidée pendant ta reconstruction ?

J’ai regardé énormément de films, souvent des comédies romantiques assez classiques. 

Et puis il y a eu le livre d’Anne-Sophie Girard, Un esprit bof dans un corps pas ouf. Rien que le titre est génial ! Il m’a beaucoup aidée à déculpabiliser d’aller mal. Parfois, il faut accepter ce moment pour pouvoir aller mieux ensuite.

Et puis je ne vais pas être très originale, mais Friends est ma série doudou. Dès que je regarde un épisode, ça repart. Pendant mon burn-out, j’ai aussi beaucoup revu Desperate Housewives.

Tu as aussi appris à te déconnecter ?

Oui. Ce qui m’a surtout aidée, c’est de prendre du temps pour moi. C’est un vrai luxe. Avant, je détestais l’ennui ; aujourd’hui, je ne peux plus vivre sans. Par exemple, en vacances, je choisis des destinations où je sais que je n’aurai pas de réseau.

Je suis récemment partie à Oman sans abonnement internet. Je ne voulais entendre personne, juste penser à moi. On sous-estime énormément ce que ça fait de se couper du téléphone.

Ton show est ponctué de quelques chansons très personnelles. 

Oui, par exemple, la chanson Massive parle de mon rapport aux interactions sociales. Dans mon métier, je suis très entourée, mais au fond ce que je préfère, c’est être seule. La nuit, je repense souvent à toutes les interactions de la journée, parfois de manière un peu obsessionnelle. 

Les chansons du spectacle sortiront-elles un jour ?

Oui, elles sortiront probablement titre par titre. 

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Les spectateurs viennent-ils se confier après le show ?

Oui, beaucoup. Des gens viennent me dire : « Ma théière est cassée ». C’est une manière de dire qu’on ne va pas bien sans avoir à le formuler directement. Je trouve ça extrêmement touchant.

D’ailleurs, quand j’interroge le public sur qui a fait un burn-out, une bonne dizaine de personnes se manifestent. C’est énorme. Ça montre à quel point c’est répandu.

Tu racontes aussi qu’au moment de ton craquage, tu n’arrivais même plus à pleurer. Quel film est parvenu à te refaire pleurer ?

Le premier film qui m’a fait pleurer après cette période, c’est Le Règne animal. Il y a un personnage qui se transforme peu à peu en oiseau et qui ne sait plus comment voler. Cette scène m’a bouleversée parce que j’avais l’impression d’être cette personne : quelqu’un à qui on a donné des ailes mais qui ne sait plus s’en servir.

Quelle est la suite pour ce spectacle ?

Normalement, je reprendrai en septembre à Paris. Là, les représentations se terminent à la Nouvelle Seine en mars. Je veux prendre le temps de retravailler le spectacle pour qu’il revienne dans une version encore plus aboutie. Et je partirai probablement en tournée en région en 2027. 

Et tes projets à la télévision ?

Il y a un téléfilm qui va arriver : Meurtres en Gironde, réalisé par Nathalie Lecoultre, qui sera diffusé sur France 3 le 28 mars 2026. Et puis je reste dans Demain nous appartient sur TF1. 

Article rédigé par
Catherine Rochon
Catherine Rochon
Responsable éditoriale