Décryptage

Dogs : pourquoi (re)découvrir ce groupe culte du rock français

19 mars 2026
Par Julien D.
Dogs : pourquoi (re)découvrir ce groupe culte du rock français
©DR

Réédités au compte-goutte depuis leurs sorties initiales en 1979 et 1980, les deux premiers albums des Dogs, groupe pionnier du punk-rock en France, refont ce printemps un tour dans les bacs de la Fnac au format vinyle uniquement. Retour sur ce groupe culte, pas toujours connu du grand public, qui a pourtant redessiné en son temps le paysage du rock “made in France” et influencé des générations de musiciens. 

Nous sommes au début des années 70. Alors que, sur les plateaux télé et les radios nationales, la France s’auto-alimente avec des figures déjà bien connues de la variété et quelques groupes de rock sages et bien élevés, du côté de Rouen, quatre jeunes musiciens choisissent une autre voie.

C’est en 1973, parfaitement raccord avec l’image de ce qui se passe outre-Manche et outre-Atlantique, que Dominique Laboubée fonde les Dogs avec Paul Peschenaert, François Camuzeaux et Michel Gross. Quatre garçons dans le vent, pétris de références musicales britanniques et américaines.

flyer DOGS

En reprenant des titres des Flamin’ Groovies, des Kinks, du Velvet, des Stooges, le groupe construit sa réputation locale entre l’arrière-boutique d’un magasin de disques rouennais devenu depuis légendaire (Melody Massacre, qui produira leurs premiers singles en 1977), les scènes locales où ils se produisent et une date à Paris dans la discothèque Golf-Drouot paraît-il très agitée en 1974.

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Une drôle d’époque

L’énergie du rock garage et l’urgence encore balbutiante du punk, qui se modélise de l’autre côté de la Manche, sont l’ADN de leur projet musical, si tant est qu’il y en ait eu un précisément. Car dans la France giscardienne de la seconde moitié des seventies, l’utopie de 68 fait grise mine et la jeunesse hexagonale n’a plus tout à fait les mêmes rêves.

La crise de 1973 a compliqué l’entrée sur le marché de l’emploi. Frustrations, sentiment d’impasse… La consommation de masse des Trente Glorieuses est derrière et cède le terrain à d’autres formes d’expression et d’identification. L’époque est plus à l’anxiété qu’à la sérénité ou à la béatitude.

C’est aussi l’époque où l’on réinvente des lieux collectifs – MJC, associations, radios pirates, festivals -, des lieux qui vont structurer le rapport à la culture, et donc, en ce qui nous concerne, à la musique.

Avec cette identité anglo-saxonne assumée et une ardeur peu commune pour revisiter à leur façon le sacro-saint rock’n’roll, ce jeune groupe qui chante en anglais détonne dans le paysage musical français. Un parti pris qui isole les Dogs autant qu’il les propulse hors des codes nationaux.

« Quand on a commencé, il n’y avait finalement pas beaucoup de ‘groupes de rock’ en France, et ça ne nous venait même pas à l’idée de chanter en français », dira le chanteur des Dogs, Dominique Laboubée.

À travers des fanzines, les petites salles et un esprit do it yourself propre à la culture du garage et du punk-rock, les Dogs s’imposent peu à peu comme les dignes représentants d’un rock brut et sincère, bien loin des standards commerciaux.

De circuits alternatifs en maison de disques bien implantée, il n’y a parfois qu’un pas à faire. Les Dogs en feront quelques-uns. Ils jouent partout où c’est possible (casinos de la côte normande, MJC, festivals…), se démènent, démarchent et signent avec Philips-Phonogram.

Changement de décor et de budget. Un producteur derrière la console et sous l’objectif de Jean-Baptiste Mondino, les Dogs prennent la pose tout en attitude dandy-punk pour leur premier album : le cultissime Different, qui ressort ce 20 avril 2026, tout comme leur second LP, Walking Shadows.

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Un groupe de rock pionnier

Un son concis, tendu, nerveux et cette façon d’interpréter des titres sans hurler dans le micro, comme le feront bon nombre de groupes aux revendications punk-rock à la charnière des années 70-80. C’était donc ça, la marque des Dogs, un groupe que l’on peut légitimement considérer comme pionnier dont l’influence se mesure encore aujourd’hui sur la scène du rock hexagonal.

C’est d’ailleurs cela qu’il faut peut-être comprendre : pourquoi les Dogs restent un groupe qui a marqué l’histoire du rock français ainsi qu’un bon nombre de musiciens, qu’ils soient originaires de Rouen, de France ou d’ailleurs ?

Une écriture érudite et pudique, couplée à des lignes mélodiques pop – les journalistes disent power-pop –, emballée dans un « son » aussi mordant qu’addictif. Un truc qu’on n’entendait pas vraiment dans le rock français de l’époque. Le groupe deviendra « culte » mais n’aura néanmoins jamais véritablement rencontré le grand succès au sens « populaire » du terme.

DOGS affiche promo

Chanter en anglais, en plus d’une esthétique singulière à leurs débuts (à cette époque, on a plutôt tendance à traduire et adapter des tubes étrangers), permet aux Dogs de s’exporter. Le groupe joue dans les MJC certes, mais se voit inviter en Angleterre bien sûr, dans toute l’Europe, aux USA, au Japon… Un peu comme s’il avait fallu en passer par la « coolitude internationale » pour reconnaître leur talent, qui pourtant venait bien de Rouen. Le paradoxe français.

Un tour rapide sur les plateformes de revente vous indiquera combien ces enregistrements sont devenus rares, recherchés et donc extrêmement prisés. Ne loupez pas l’occasion d’ajouter une belle pièce d’histoire musicale à votre collection, si ce n’est déjà fait. A bon entendeur. 

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Article rédigé par
Julien D.
Julien D.
Disquaire à la Fnac Montparnasse
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