La plume acérée et le trait figé de Fabrice Caro – aka Fabcaro – a conquis un large public parmi les bédéphiles. Fabcaro dissèque notre société et nos manières avec une lucidité décapante, sans toutefois se départir d’une poésie que l’on pourrait qualifier d’étrange. Après être revenu sur le succès surprise de Zaï Zaï Zaï Zaï, dans Pause, il s’est mis à ausculter le couple dans deux de ses publications récentes : les très réussis Et si l’amour c’était aimer et Moins qu’hier (plus que demain).
1. Quelle est la BD qui vous a donné envie d’en faire ?
Fabcaro : Je dirais celles de la toute première enfance, Astérix, Mortadel y Filemon, Les 4 As, Achille Talon, Pif Gadget (dont Supermatou surtout), Spidey, Strange… Et puis un peu plus tard le choc Gotlib. J’ai aussitôt adopté un style graphique sous-Gotlib un peu moche, pour moi c’était une révélation.
2. Quelle est la BD qui vous a fait le plus rire ?
Je dirais probablement du Bouzard, qui va chercher le rire crétin, pas juste le sourire. Quand je dis « le rire crétin », c’est un compliment chez moi, c’est celui qui touche directement au cerveau reptilien sans passer par l’intellect, celui qui fait dire « mais qu’il est con ». On me dit ça parfois à propos de mon travail et ça me fait très plaisir. Dit comme ça, ça fait un peu maso…
3. Quelle est la BD qui vous a fait le plus rêver ?
4. Quel est votre premier gros choc de lecture ?
Il n’y a pas un seul choc, mon parcours de lecteur est une succession de chocs en fonction de l’âge… Mais si je remonte vraiment au début, je dirais peut-être Le Grand Fossé, je crois que c’est la première BD que m’a achetée ma mère un jour où j’étais cloué au lit par une grosse gastro, elle venait tout juste de sortir (la BD, pas la gastro).
5. Quelle est la BD que vous conseilleriez à quelqu’un qui n’en a jamais lues de sa vie ?
Holala c’est trop dur, j’aurais trop peur de donner un mauvais conseil et de dégoûter la personne de la BD à vie… C’est tellement personnel… Je conseillerais plutôt d’entrer dans une librairie avec beaucoup de temps devant soi, d’aller au rayon BD et d’ouvrir les livres au hasard, feuilleter, lire deux-trois cases çà et là, les toucher, les sentir, et attendre qu’un livre vous appelle. Bon, dit comme ça, ça fait un peu gourou de secte un peu illuminé, mais j’ai un rapport très organique au livre.
6. Quelle est la BD que vous relisez sans jamais vous lasser ?
7. Quelle est la BD que vous auriez aimé écrire ?
Je crois que j’aurais bien aimé faire des BD de groupes d’amis que l’on suit à travers les tomes, comme les Lucien de Margerin, ou la bande de Lapinot de Trondheim, mais je ne suis pas assez patient pour ça. Ça se scénarise ce genre de choses, ça se construit, moi j’improvise beaucoup, je suis très paresseux, et je suis incapable de rester trop longtemps sur les mêmes personnages et dans un même univers…
8. Quelle est la BD qui vous a fait le plus pleurer ?
La musique et le cinéma peuvent me faire pleurer assez facilement, mais pas la BD, je ne sais pas pourquoi, c’est peut-être une histoire de distance de lecture par rapport à l’image, je ne sais pas, mais il y a un rapport au support qui m’empêche d’être vraiment ému… Cela dit, je dis ça mais j’ai quand même le souvenir d’avoir eu les yeux très embués en lisant Maus de Spiegelman.
9. Quel est le film que vous rêveriez d’adapter en bande dessinée ?
C’est difficile parce que, pour moi, le support et la narration sont intimement liés et que le passage d’un support à un autre avec le même projet est souvent délicat… Ou alors exploiter vraiment les possibilités qu’offre la BD… Par exemple, faire un collectif sur le Holy Motors de Carax dont chaque chapitre serait dessiné par un auteur différent, ça ce serait excitant. Chacun s’approprierait une des facettes du personnage pour l’amener dans son style et son univers, un collage un peu expérimental. Non je sais pas, je dis n’importe quoi, arrêtez-moi, je divague.
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