Figure intemporelle de la bande dessinée, Lucky Luke s’offre une nouvelle incarnation à l’écran. Une adaptation qui oscille entre fidélité aux origines et volonté de transformation.
Créée par Thomas Mansuy et Mathieu Leblanc (tous deux déjà à l’origine de la série Panda), la nouvelle série Lucky Luke, mise en ligne ce 23 mars sur Disney+, s’attaque à un monument du 9e art imaginé par Morris en 1946. Portée par Alban Lenoir, cette adaptation française ambitionne de faire dialoguer héritage et modernité. Mais demeure-t-elle fidèle à l’esprit de la bande dessinée ?
Que reste-t-il du Lucky Luke original ?
L’univers du Far West et les silhouettes emblématiques de l’œuvre originale – le cow-boy solitaire, les Dalton, Calamity Jane ou encore Billy the Kid – sont bien présents et structurent le récit. Les décors, baignés de lumière, rappellent le trait du dessinateur.

Le ton demeure lui aussi globalement fidèle, oscillant entre humour et aventure. « Nous retrouvons une sève très Goscinny », soulignent les créateurs auprès du CNC, et revendiquent cette distance ironique caractéristique du scénariste. La narration, enfin, puise dans plusieurs albums de la saga.
Quid des personnages ?
Visuellement, les personnages semblent d’abord inchangés. Mais cette fidélité est surtout apparente et cache une réécriture plus profonde. Les archétypes hérités de la bande dessinée s’assouplissent, gagnent en complexité, parfois en fragilité.

Plus entouré et moins solitaire, Lucky Luke se voit désormais doté d’un passé et d’attaches qui structurent son parcours. Joe Dalton apparaît ainsi plus nuancé, Billy the Kid s’éloigne de sa caricature d’enfant capricieux et Calamity Jane voit sa propre légende remise en question. « Ici, Benjamin Rocher [réalisateur de la série, NDLR] a créé un univers mixte où tout le monde peut être brave, stupide ou égoïste », nous confie Camille Chamoux, qui incarne Calamity Jane.
Un scénario fidèle… ou totalement repensé ?
C’est toutefois dans sa structure narrative que la série prend le plus de distance. Là où les albums reposent sur des aventures autonomes, l’adaptation privilégie une intrigue continue, construite autour d’une quête personnelle. Lucky Luke croise la route de Louise, une jeune femme à la recherche de sa mère disparue, et accepte de l’accompagner.
Ce choix installe un fil rouge sur l’ensemble des épisodes et rompt avec le format épisodique de la BD. « Nous avons choisi une voie plus originale, en situant notre histoire après les BD », expliquent les créateurs au CNC. Une manière d’élargir le récit, tout en s’émancipant du modèle d’origine.