Le 27 mars, Privilèges arrive sur HBO Max. Eva Huault, Anne Azoulay et Nina Zem nous ont reçus lors de la journée presse consacrée à la série pour nous livrer les secrets de création de leurs personnages. Un échange habité sur ce thriller social, entre quête de légitimité et sororité retrouvée.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’aventure Privilèges ?
Eva Huault : Pour moi, c’est une scène de casting qui a tout déclenché. C’était une séquence entre deux meilleures amies : une où tout allait bien, et une autre de pur conflit. Ça m’a trop donné envie de jouer dedans, parce que j’adore les histoires d’amitié. Ce rapport de sororité, qui ressemble parfois à un couple toxique, m’a immédiatement séduite. Et quand j’ai enfin lu tous les épisodes, mon coup de cœur s’est confirmé.
Anne Azoulay : Pour ma part, j’ai été frappée par la qualité de l’écriture. Les personnages sont complexes, comme dans Rosetta, avec des parcours de femmes combatives et prêtes à tout. De plus, le cadre du palace, ce monde du luxe que l’on voit rarement sous cet angle, crée une confrontation passionnante avec la réalité des héroïnes. Il y a un côté très Audiard, un peu comme dans Un prophète, avec cette thématique de l’ascension sociale. On croit connaître les personnages au début, puis on est surpris par leurs réactions face à l’adversité.
Nina Zem : La lecture du premier épisode a suffi pour me convaincre. Les personnages étaient très bien détaillés. L’intrigue était là, elle était solide. Ensuite, la rencontre avec les réalisateurs, Marie Monge et Vladimir de Fontenay, a été déterminante. Ils m’ont tout de suite donné envie de me lancer dans cette aventure avec eux. Ce sont des amoureux des acteurs et des actrices, qui ont cette envie de partager, d’écouter nos avis. On a vraiment travaillé ensemble, avant le tournage, pour créer nos personnages. C’était une démarche très communautaire.
Et qu’avez-vous apporté de personnel à ces personnages ?
A. A. : J’ai vraiment lutté avec le mien. Elle me fatiguait profondément. [Rires] Elle est dans une colère permanente, elle se bat tout le temps pour se tenir, tout en assurant un service irréprochable. C’est une femme qui subit un hypercontrôle épuisant pour garder les rênes et protéger ses “poussins”. C’est une femme très compliquée.
N. Z. : Pour ma part, j’ai essayé d’apporter de la nuance dans le rapport de force que mon personnage entretient avec Adèle : elle doit lui tenir tête, mais elle se laisse quand même charmer par elle. C’était un jeu d’équilibre constant entre nous deux. Dans la vraie vie, on a deux personnalités très différentes avec Manon et on s’est un peu apprivoisées de la même manière qu’Adèle et Marina. On a retrouvé ce dynamisme dans nos rôles : c’était une sorte de danse entre la résistance et la séduction.
E. H. : On met toujours un peu de soi dans un rôle. On va chercher des choses que l’on a vécues pour le rendre touchant et juste. Par exemple, je retrouve vraiment des petits bouts d’Anne et de Nina dans leurs personnages. C’est ce qui rend ces femmes si réelles à l’écran.

Eva, votre amitié avec Manon Bresch est très forte et crédible à l’écran. Comment avez-vous travaillé cette relation pour la rendre aussi naturelle ?
E. H. : Je vais vous livrer une petite anecdote croustillante. Sortez les popcorns. [Rires]
A. A. : Et les mouchoirs ! [Rires]
E. H. : En réalité, je connais Manon depuis que j’ai 12 ou 13 ans. Elle va me tuer de raconter ça, mais on a fait les 400 coups, on a vécu notre jeunesse ensemble et on s’est aimées très fort avant de se perdre complètement de vue. Et on a fini par se retrouver… sur le tournage de Privilèges ! C’est un truc de malade. Finalement, je n’avais rien à “créer” sur le plateau : quand je l’ai revue, c’était comme si on s’était quittées la veille. On a évidemment travaillé nos personnages ensemble, mais cette complicité était innée. Et je pense que cette joie de se retrouver se ressent à travers les images.
Le rêve d’Adèle et de sa meilleure amie, c’est de lancer un food truck à sa sortie de prison. Si vous étiez enfermées, quel serait le projet qui vous ferait tenir et que vous voudriez absolument réaliser une fois libre ?
E. H. : Je crois que j’ai déjà réalisé ce projet fou : je suis devenue actrice. Ce n’était pas forcément mon plan au départ, mais j’y ai cru. Tout le monde a des rêves, et il faut y croire très, très fort pour les manifester, même quand personne d’autre ne croit en vous. Commencez par croire en vous-même. Le reste suivra. C’est peut-être bateau ce que je dis, mais…
N. Z. : Non, c’est très juste !

Le contraste entre la vie d’Adèle et l’univers du Citadel est violent. Avez-vous déjà eu la sensation de ne pas être à votre place, vous aussi ?
A. A. : C’est une bataille de chaque instant. Il est crucial d’être conscient du combat qu’il faut mener, car la société a une tendance permanente à nous faire sentir que nous ne sommes pas à notre place.
E. H. : Le simple fait d’être une femme dans la société, c’est difficile…
A. A. : Absolument. Le simple fait d’arrêter de penser qu’on n’est pas à notre place est un véritable apprentissage.
N. Z. : Il ne faut pas se laisser envahir par ce sentiment.
A. A. : Oui, il est important de gagner sa place.
E.H. : Je pense que je ne me suis jamais sentie à ma place nulle part, mais j’ai toujours pris ma place. C’est comme ça que je fonctionne et c’est comme ça que je continuerai.