À l’occasion de la réédition d’Actif, baptisé Hyperactif, R2 revient sur son parcours, sa vision de la musique et l’évolution de son univers. Entre rap, exploration musicale et envie de repousser ses propres limites, l’artiste révélé grâce au titre Ruinart revendique une approche sans limites et libre de la création. Rencontre.
Quel a été le déclic pour vous lancer dans la musique ?
Le déclic s’est fait au lycée. À l’époque, je faisais beaucoup de sport, mais j’ai eu un problème qui m’a obligé à arrêter. C’est à ce moment-là que je me suis retrouvé dans un environnement où beaucoup de gens commençaient à rapper. Je ne dirais pas forcément que ce que je fais, c’est du rap au sens strict. J’aime beaucoup ce genre, évidemment, parce que c’est par là que je suis arrivé dans la musique. Mais ce n’est pas quelque chose qui me fascine plus qu’un autre. C’est surtout une conséquence de mon environnement, des gens que je fréquentais et de la vie que je menais à ce moment-là. Dans un autre contexte, j’aurais peut-être écouté et fait autre chose. Par exemple, les orchestres ou la musique orchestrale peuvent parfois davantage m’impressionner que le rap. J’aime le rap, mais je reste ouvert à beaucoup d’autres influences.
Pourrait-on imaginer un jour vous voir explorer ce type d’univers, mêler votre musique à celle d’un orchestre, par exemple ?
Oui, absolument. Je ne me mets pas de barrières sur ce que je peux faire ou non. Après, il y a aussi des temporalités. Aujourd’hui, ce serait peut-être surprenant, mais ce n’est pas impossible que cela arrive un jour. En tout cas, c’est quelque chose que j’aime vraiment.
D’où vient votre pseudo R2 ?
À la base, R2 vient simplement de mon prénom, Rayan. C’est une sorte d’abréviation. Au début, je disais même R2N. C’est comme ça que je me présentais. Mais quand j’ai commencé à poster sur TikTok, ce sont les gens qui ont progressivement raccourci ça en R2. Le public s’est mis à m’appeler comme ça, et c’est resté.
« On a travaillé pour arriver là, donc forcément, on veut continuer à progresser et ne pas revenir en arrière. »
R2
Est-ce que R2 est devenu une sorte de personnage, une identité différente de la vôtre ?
C’est une question un peu compliquée pour moi. Je ne suis pas vraiment le genre d’artiste qui se dit : “Là, je suis dans mon rôle d’artiste.” J’ai justement essayé de casser cette frontière entre ma personnalité dans la vie et ce que je fais dans la musique. En réalité, je suis quelqu’un d’assez naturel. Je suis la même personne quand je fais de la musique et dans la vie de tous les jours. Je ne fonctionne pas avec une double personnalité.
Il y a des artistes qui arrivent très bien à faire la différence : ils peuvent être plus réservés quand ils sont dans leur rôle d’artiste et complètement différents dans leur vie privée, plus ouverts ou plus solaires. Moi, je n’ai pas vraiment cette séparation. J’ai choisi de rester naturel dans les deux cas.
Vous êtes aujourd’hui en pleine ascension, avec une reconnaissance grandissante du public comme des critiques. Cette montée en visibilité est-elle pour vous une source de liberté ou au contraire une pression supplémentaire ?
Je dirais que c’est un peu des deux. Les attentes changent, forcément. Celles du public, celles de mon équipe, les miennes aussi. Tout le monde attend plus de choses parce qu’on a déjà accompli certaines étapes. Avant, certaines victoires pouvaient sembler énormes. Par exemple, atteindre 10 000 streams ou 10 000 auditeurs, c’était déjà un rêve. Même 5 000 vues, ça paraissait énorme. Aujourd’hui, ces chiffres ne sont plus perçus de la même manière. Les attentes ont évolué, donc les objectifs aussi.
Ça crée forcément une forme de pression. Mais je dirais que c’est une bonne pression. Ça pousse à continuer d’avancer, à faire mieux. Je n’ai pas peur au point que ça m’empêche de dormir, mais il y a quand même cette envie de ne pas redescendre. On a travaillé pour arriver là, donc forcément, on veut continuer à progresser et ne pas revenir en arrière.
« Au final, c’était presque du freestyle… Mais un freestyle contrôlé. »
R2
Comment décririez-vous votre univers à quelqu’un qui vous découvre pour la première fois ?
Je dirais surtout que je suis un artiste très versatile et que ma musique est assez ouverte. S’il fallait vraiment trouver un mot pour résumer mon univers, ce serait probablement celui-là : versatile. Dans ma discographie, il y a des morceaux très différents les uns des autres, et je ne pense pas qu’on puisse m’écouter pour un seul style précis.
D’ailleurs, je ne crois pas que les gens qui écoutent mes sons soient forcément à la recherche d’un style en particulier. Ceux qui me suivent savent que je ne suis pas quelqu’un qui s’enferme dans une direction artistique unique. Quand on aime R2, on n’aime pas forcément tous les morceaux de la même manière. Il y aura toujours des titres qui vont plus parler que d’autres. Tu peux adorer un son que j’ai sorti le mois dernier et être moins touché par celui du mois suivant. Et c’est complètement ok. Au fond, plus qu’un style, c’est un univers. Un univers où il y a beaucoup de liberté.
Avec cette pluralité de styles sur l’album, est-ce que vous aviez quand même un fil rouge en tête ? Qu’est-ce qui a guidé l’enchaînement des morceaux, les thématiques ? Finalement, comment avez-vous imaginé l’ensemble ?
J’avais un peu un fil rouge, mais pas dans le sens d’un projet très structuré dès le départ. Les morceaux ont été faits dans une forme de désordre. Il y a des sons qui ont été enregistrés très tôt et qui ont finalement été ajoutés au projet après d’autres. Au final, c’était presque du freestyle… Mais un freestyle contrôlé. J’aime bien cette expression, parce que ça correspond assez bien à la manière dont ça s’est fait. Je faisais beaucoup de morceaux, vraiment beaucoup. Et, au fur et à mesure, quand il y en avait un qui ressortait plus que les autres, on se disait : “Celui-là, il est fort, on va le mettre dans le projet.” Donc, il n’y a pas eu une réflexion très théorique au départ. C’était plutôt : je crée, j’accumule des sons et, quand on sent qu’un titre fonctionne bien, il trouve naturellement sa place dans l’album.
Quand vous créer un morceau, pensez-vous d’abord au texte ou à la musique ?
Avant, c’était vraiment beaucoup au feeling. Chaque morceau se faisait un peu différemment. Mais pour le prochain projet, j’ai envie de travailler davantage l’écriture. De vraiment me poser et pousser ça plus loin. Au début, ce n’était pas forcément ce qui comptait le plus pour moi. J’étais surtout dans la recherche du flow, dans l’idée d’avoir de bonnes mélodies, des refrains qui accrochent. L’écriture passait un peu après.
Aujourd’hui, j’essaie vraiment de progresser là-dessus et d’ajouter ça à mon bagage. C’est quelque chose que je n’avais pas forcément avant et que j’ai envie de développer. Avec le temps, et même en côtoyant de grands artistes, je me rends compte que c’est important aussi d’avoir cette profondeur dans un morceau.
Que vous a appris cet album ? Que retenez-vous de ce projet ?
Je pense que ça m’a poussé dans mes retranchements. Déjà, je trouve que le projet est beaucoup plus ouvert que ce que j’avais fait avant. Et honnêtement, je pense aussi qu’il est meilleur, tout simplement parce qu’avec le temps, j’ai progressé, j’ai appris des choses. Je ne dirais pas forcément que ça m’a fait débloquer un skill précis, mais ça m’a fait progresser dans l’ensemble. En tant qu’artiste, le fait de porter un projet comme ça, et surtout de me mettre beaucoup de pression… ça change forcément la manière de travailler.
J’ai beaucoup communiqué en disant que ça allait être le projet de l’année, donc je me suis mis une vraie pression. Ça voulait dire que je devais proposer quelque chose de solide, de qualité. Même si, au final, je ne sais pas si j’ai fait le projet de l’année, pour moi, c’était important de livrer quelque chose de fort. Cette pression m’a obligé à aller plus loin, notamment sur les refrains et les toplines. C’est un domaine où j’avais déjà des facilités, mais j’ai essayé de pousser encore plus.
Je pense que le vrai cap que j’ai passé pendant cette période, c’est ma capacité à produire plus de morceaux, et surtout dans des délais plus courts. J’avais déjà ça en moi, mais là, je l’ai vraiment développé. Et ça m’a beaucoup aidé dans la construction du projet.
Quel recul avez-vous sur ce projet, maintenant qu’il est sorti ?
Ce projet m’a pris beaucoup de temps et d’énergie. J’ai réfléchi à tout : la sortie en deux parties, les morceaux, les collaborations, la promo… Mais dès qu’il est sorti, j’étais déjà concentré sur le prochain. Je n’ai pas vraiment pris le temps de l’analyser en détail, de voir ce qui a marché ou non.
Pour vous, ce projet Hyperactif est-il le début d’une nouvelle ère musicale ?
Oui, je le vois comme le lancement d’une nouvelle étape dans ma carrière. Ce n’est pas une question de sérieux ou d’image, c’est juste une évolution naturelle, montrer une facette plus mature de moi-même et faire évoluer mon univers avec le temps.
Parlons des collaborations comme celle avec Jolagreen23, Timar ou Niska. Que recherchez-vous chez les artistes avec lesquels vous travaillez ?
Toutes mes collaborations se font avec des artistes que j’aime et dont j’apprécie la musique. Mais surtout, j’aime le challenge : m’immerger dans leur univers, voir si je peux m’y fondre et créer quelque chose de profond ensemble.
Comment appréhendez-vous la scène et le contact avec le public ?
Pour l’instant, je ne suis pas très à l’aise sur scène ni dans les endroits avec beaucoup de monde. Je me sens plus à l’aise en studio. Mais c’est une étape nécessaire dans ma carrière, donc j’apprends, je m’habitue et je travaille pour que ça devienne plus naturel.
Quels thèmes aimeriez-vous explorer dans votre prochain projet ?
Je veux aborder des sujets plus poignants, plus personnels, explorer la profondeur des émotions et ne pas me limiter à des thèmes superficiels. Même si certains ont déjà été abordés, je veux aller plus loin, tout en gardant la possibilité d’explorer des thèmes plus légers, mais avec toujours une vraie profondeur. Je veux aller au bout des choses.