Critique

Les Lionnes sur Netflix : chronique d’un coup manqué

05 février 2026
Par Sarah Dupont
“Les Lionnes”, le 5 février 2026 sur Netflix.
“Les Lionnes”, le 5 février 2026 sur Netflix. ©Netflix

La plateforme met en ligne ce 5 février les huit épisodes de sa nouvelle série française. Une comédie d’action qui s’appuie sur un scénario éprouvé, un humour laborieux et un manque criant d’originalité.

Après Lupin, Pax Massilia et plus récemment Néro, Netflix poursuit sa stratégie de production de séries françaises. Avec Les Lionnes, la plateforme reste dans le registre du thriller, mais opère un virage vers la comédie d’action. Portée par Olivier Rosemberg (Family Business) et coécrite avec Carine Prévo, la fiction ambitionne de croiser braquage, humour et chronique sociale dans huit épisodes livrés ce 5 février. Une proposition peu inspirée, qui retombe dans les travers classiques des œuvres françaises.

Quelle est l’intrigue des Lionnes ?

Pour quiconque a fréquenté les séries américaines de la plateforme, Les Lionnes évoquera sans doute la création de Jenna Bans, Good Girls. Cette dernière raconte la dérive criminelle de trois mères de famille de la banlieue de Detroit, amenées à braquer un supermarché avant de s’enfoncer dans une spirale de problèmes. Un show efficace dans ses premières saisons, porté par un sarcasme bienvenu et une satire intéressante du patriarcat américain.

Les Lionnes.©Netflix/Fanny Nairi

Assurément, la comparaison tourne au désavantage de la version française. Le point de départ est pourtant quasi identique : dans une banlieue d’une ville du Sud, quatre femmes – toutes confrontées à des situations de précarité différentes – dévalisent une banque. L’intrigue se greffe à un contexte marqué par la présence d’un maire vil, interprété par François Damiens, qui se pose en champion de la lutte contre la délinquance, et par un caïd du coin, Ézéchiel, incarné par Olivier Rosemberg lui-même.

Une relecture originale manquée

Difficile, dès lors, d’échapper à l’impression de recyclage. La série aurait pourtant pu gagner en épaisseur en se rapprochant davantage d’une histoire réelle, celle d’un gang de femmes surnommées « les Amazones », qui ont braqué sept banques dans le Vaucluse entre 1989 et 1990. Mais rappelons que l’affaire a déjà été portée de multiples fois à l’écran, notamment dans Les braqueuses, de Jean-Paul Salomé, en 1994, puis dans Le gang des Amazones de Mélissa Drigeard en 2025.

Les Lionnes tente bien d’imposer une identité visuelle, entre couleurs saturées et ambiance néon, mais le résultat reste superficiel. La série joue sur des clichés et s’appuie sur une vulgarité supposée comique, tout en esquissant des réalités socioéconomiques complexes. Précarité financière, emprise du crime organisé, condition des mères célibataires… Autant d’enjeux effleurés et relégués au rang de simple toile de fond, au service du thriller.

Les Lionnes.©Netflix/Fanny Nairi

En choisissant la comédie, Les Lionnes cherchait sans doute à se distinguer d’autres polars, comme Pax Massilia ou Soleil noir, plus sombres, plus réalistes et plus crédibles. Cependant, le ressort humoristique ne fonctionne pas, la satire reste grossière et l’invraisemblance du récit s’accentue à mesure que les braquages s’enchaînent.

Des interprétations correctes, mais sans relief

S’il fallait retenir un axe intéressant, ce serait celui de la sororité. La série ambitionne de montrer des trajectoires féminines marquées par la solidarité, l’entraide et les sacrifices. Une dimension qui traverse les classes sociales, notamment à travers le personnage de Chloé, incarné par Pascale Arbillot, épouse battue du maire, figure de domination masculine.

Les Lionnes.©Netflix/Fanny Nairi

Mais là encore, l’exécution reste inégale. Le récit se focalise principalement sur Rosalie, interprétée par Rebecca Marder (récemment vue dans L’étranger), qui offre une performance un peu surjouée. C’est Naidra Ayadi qui s’impose comme l’interprète la plus convaincante du casting, dans le rôle d’une mère célibataire menacée de perdre la garde de ses enfants, avec un jeu plus incarné et dramatique. Zoé Marchal, la fille bipolaire qui sert de ressort comique un peu trop appuyé, finit malgré tout par tirer son épingle du jeu.

Les Lionnes.©Netflix/Fanny Nairi

Côté masculin, on retrouve Jonathan Cohen dans un registre éloigné de ses rôles habituels, mais sans grande intensité. François Damiens compose un antagoniste volontairement caricatural – qu’il parvient à rendre crédible dans l’excès. Sami Outalbali, vu dans Sex Education, propose un policier nuancé, plutôt touchant, mais qui manque de développement.

Une occasion manquée

Thriller sans surprise, comédie peu inspirée, personnages sous-exploités… Les Lionnes échoue à transformer son sujet en véritable œuvre politique ou sociale. Faute de regard singulier, la série s’ajoute à la (longue) liste des productions françaises rapidement consommées, tout aussi vite oubliées. Une œuvre fonctionnelle, mais sans aspérité, qui ne parvient ni à faire rire ni à faire réfléchir.

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