Sur un petit nuage et avec le vent dans le dos grâce à Gemini 3, Google joue l’extrême prudence sur la question de la monétisation de son intelligence artificielle.
Forcément, quelques jours après qu’OpenAI a annoncé que ChatGPT allait afficher de la publicité, le timing est taquin. Interrogé à ce propos par le média Sources, le directeur de Google Deepmind (qui pilote le projet Gemini) clarifie la position de son entreprise sur la pub au sein de son outil d’intelligence artificielle.
“Aucun projet en ce sens”
Interviewé dans le cadre du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, Demis Hassabis, patron de Deepmind, n’y va pas par quatre chemins : pour l’heure, Google n’a aucune intention de monétiser Gemini par la publicité. Le boss de l’IA y va même de son petit commentaire narquois à l’encontre de son concurrent.
« Je trouve intéressant qu’ils y soient allés aussi tôt. Peut-être qu’ils ont besoin de davantage de revenus. Nous n’avons aucun projet en ce sens [d’intégrer de la publicité, ndlr]. Je pense que nous nous concentrons sur l’expérience centrale et les technologies pour avoir surtout un meilleur assistant, de tous les points de vue et dans plus de formats. »
Demis HassabisPDG, Google Deepmind
Mais, pour le patron de Deepmind, la publicité au sein d’un assistant d’intelligence artificielle n’est pas qu’une manne financière, c’est aussi une manœuvre risquée pour la qualité du produit. « Si vous voulez un véritable assistant universel en qui vous pouvez avoir confiance, qui soit personnalisé et qui possède une connaissance approfondie de vous-même, je pense que vous voudriez avoir la certitude que ses recommandations sont sincèrement bonnes pour vous, impartiales et intègres. » Pour lui, l’arrivée de la publicité risque de faire douter les consommateurs de la pertinence des réponses de l’IA, qui pourraient devenir orientées de façon à favoriser les produits sponsorisés.
Ne pas mélanger les choux et les carottes
Il faut prendre du recul sur les déclarations de Demis Hassabis. Google est l’une des entreprises les plus riches du monde et dispose de poches à la profondeur insondable. Rien à voir avec OpenAI qui, si elle a bel et bien fait émerger les assistants d’IA en 2022 avec ChatGPT, est loin d’avoir les fonds infinis de son principal concurrent – qui gagne énormément de terrain depuis l’automne dernier.
Ainsi, quand le patron de Deepmind fait mine de s’interroger sur le fait qu’OpenAI a « peut-être » besoin de plus d’argent, il sait très bien ce qu’il fait. Une posture d’autorité, qui envoie aux consommateurs un message clair : l’avenir de Gemini ne dépend pas de la publicité ; faites-nous confiance pour rester impartiaux.
Notez toutefois l’ironie d’un Google, qui tire l’essentiel de ses revenus annuels de la vente d’espace publicitaires en ligne, venant s’inquiéter du délitement de la pertinence de l’IA si la publicité s’y invitait. Reste que cela fait toujours là un nouvel argument en faveur d’un Gemini qui, d’après les données de Similarweb, commence à méchamment rogner sur les parts de marché de ChatGPT.