La fiction s’appuie sur une affaire criminelle qui a durablement marqué l’Amérique. La mort de Kathleen Peterson en 2001 et le procès de son mari ont donné lieu à une longue bataille judiciaire suivie de près par les médias.
Un fait divers qui a obsédé l’Amérique pendant près de 20 ans revient sous les projecteurs. Diffusée pour la première fois en 2022 sur HBO Max, la mini-série The Staircase fait son arrivée sur Netflix ce 10 mars. Créée par Antonio Campos (Le diable tout le temps) et Maggie Cohn, cette fiction de huit épisodes nous replonge dans l’affaire Michael Peterson, l’un des procès criminels les plus médiatisés des années 2000 aux États-Unis. Elle s’inspire et intègre également, dans son histoire même, le tournage d’une série documentaire réalisée à l’époque par le français Jean-Xavier de Lestrade.
Quelle est l’histoire au cœur de cette affaire ?
Le fait divers débute dans la nuit du 9 décembre 2001, à Durham, en Caroline du Nord. Michael Peterson, écrivain et ancien militaire, appelle les secours après avoir découvert sa femme Kathleen inanimée au pied de l’escalier de leur maison. « Ma femme a eu un accident. Elle respire encore », déclare-t-il au téléphone au 911, selon ABC News (cité par Forbes). La quadragénaire succombe finalement à ses blessures quelques heures plus tard.
Très vite, les enquêteurs doutent de la version d’un simple accident. La scène intrigue : le corps est entouré d’une quantité importante de sang et les blessures semblent incompatibles avec une chute. L’autopsie renforce ces soupçons.
Pourquoi le procès a-t-il passionné l’opinion ?
L’enquête se transforme rapidement en feuilleton judiciaire. Michael Peterson devient le principal suspect : il est la dernière personne à avoir vu sa femme vivante. Les procureurs avancent un possible mobile, estimant que Kathleen aurait découvert la bisexualité de son mari sur son ordinateur et qu’une dispute aurait dégénéré.
Au fil du procès, un autre élément trouble surgit : en 1985, une amie du couple, Elizabeth Ratliff, avait été retrouvée morte… au pied d’un escalier en Allemagne. Cette coïncidence nourrit les soupçons de l’accusation. En octobre 2003, après 14 semaines de procès, Peterson est reconnu coupable de meurtre et condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. En 2011, un juge estime que l’analyse des projections de sang réalisée par un expert de l’accusation avait induit les jurés en erreur. La condamnation est annulée et Peterson est libéré en attendant un nouveau procès. Finalement, en 2017, il est condamné pour homicide involontaire dans le cadre d’un accord judiciaire lui permettant de maintenir son innocence, tout en reconnaissant que les preuves de l’accusation pourraient convaincre un jury. Ayant déjà purgé plusieurs années de prison, il est remis en liberté.
Comment la série adapte-t-elle cette histoire ?
The Staircase s’inspire à la fois de l’affaire, et du film du réalisateur français Jean-Xavier de Lestrade, intitulé Soupçons, aujourd’hui culte. Selon France Info, ce programme retraçait « avec une précision d’orfèvre ce procès », au point que certaines images furent projetées lors de la procédure d’appel.
La fiction produite par HBO reprend cette histoire tout en intégrant le tournage du documentaire. Colin Firth incarne Michael Peterson face à Toni Collette dans le rôle de Kathleen, tandis que Michael Stuhlbarg, Parker Posey, Sophie Turner ou encore Juliette Binoche complètent la distribution.

La série a toutefois suscité certaines critiques, non pas tant sur le fond de l’affaire que sur sa représentation du documentaire original. Jean-Xavier de Lestrade a notamment pointé plusieurs libertés prises par la fiction dans la manière dont elle met en scène son travail et celui de son équipe.« Ce que montre la série sur notre intégrité professionnelle est hyper trash », confiait-il à France Info, regrettant notamment des situations inventées, comme l’idée qu’il aurait demandé à l’accusé de rejouer une scène devant la caméra.