Décryptage

Les gouttes de Dieu : l’incroyable impact de la série sur les vignobles français

20 janvier 2026
Par Samuel Leveque
“Les gouttes de Dieu”, saison 2, le mercredi 21 janvier 2026 sur Apple TV+.
“Les gouttes de Dieu”, saison 2, le mercredi 21 janvier 2026 sur Apple TV+. ©Apple TV+

Le 21 janvier, Apple TV+ diffusera la saison 2 des Gouttes de Dieu. Cette adaptation d’un manga sur la dégustation de vin au succès mondial a eu un impact réel sur l’économie des vignobles français.

En commençant leur manga Les gouttes de Dieu en 2004, Tadashi Agi et Shū Okimoto ne s’attendaient sans doute pas à ce que leur modeste récit sur la dégustation de vin devienne un phénomène planétaire. Après 44 tomes et deux spin-offs, la licence a été adaptée deux fois à l’écran : un drama japonais en 2009, puis une série americano-franco-japonaise prestigieuse dont la deuxième saison sera diffusée sur Apple TV+ à partir du 21 janvier. De manière plus surprenante encore, cette bande dessinée devenue objet de nombreux articles de recherche scientifique a attiré l’attention sur nombre de vignobles français représentés dans son intrigue.

Un manga extrêmement documenté

Il faut dire que, dès sa publication, cette œuvre a suscité l’engouement, avec son sujet pour le moins atypique, mettant en scène une compétition de dégustation de vins millésimés dont l’enjeu est un héritage très prestigieux. Quasiment documentaire dans son approche (le scénariste est un immense amateur de vins millésimés), la production du manga a notamment bénéficié de plusieurs voyages sur le terrain, dans des vignobles français. Lesquels sont régulièrement décrits et représentés tout au long de l’intrigue, se déroulant en bonne partie en Europe.

Les Gouttes de Dieu – Héritage, dernier spin-off en date de la licence.©Glénat

L’adaptation sérielle a remporté un succès colossal dans de nombreux pays. Elle a reçu des prix prestigieux et a réussi à toucher des critiques largement étrangers aux codes du manga. Loin des habituelles chroniques sur des sites spécialisés pour amateurs de séries japonaises, Les gouttes de Dieu a ainsi attiré l’attention de journaux emblématiques, comme le New York Times, et est devenu le coup de cœur de critiques gastronomiques de renommée mondiale. À l’heure actuelle, il s’en serait écoulé plus de cinq millions d’exemplaires dans le monde. Un chiffre colossal pour un manga sur un sujet aussi spécialisé, issu de la revue pour adultes Weekly Morning, peu habituée à de tels cartons d’édition.

Fleur Geffrier dans Les gouttes de Dieu.©Apple TV+

Comme le souligne l’édition anglophone du journal Le Monde, le récit de Tadashi Agi et Shū Okimoto se distingue des autres œuvres du genre par son ton pédagogique et sa capacité à démocratiser le vocabulaire parfois abscons et technique de l’univers des sommeliers. Loin d’être une lecture difficile, Les gouttes de Dieu se veut au contraire une porte d’entrée candide, mais précise sur son univers, comme le souligne le chercheur Andrew James dans la revue ICLEA de l’Université de Grenoble. Une habileté à rendre la dégustation abordable et ludique dans un Japon où le monde du vin était alors encore réservé à une élite. Depuis, le pays connait un certain engouement pour le sujet, y compris à travers la production locale, jadis confidentielle.

Un impact réel et durable sur l’économie viticole

Plus étonnant encore que son succès en librairie, le manga a également créé un engouement notable pour le vin français en général, et pour les vignobles représentés dans la série en particulier. Ils ont connu une augmentation de leurs exportations vers l’Asie depuis le début du show. Un fait qui se produit dans un contexte où les vins français de qualité sont très populaires au Japon, en Chine, ou encore dans des marchés émergents comme Taiwan – autant de territoires où la BD a connu un succès conséquent.

Tomohisa Yamashita et Fleur Geffrier dans Les gouttes de Dieu.©Apple TV+

Recommandé par un nombre important de sites et de revues sur le vin à travers le monde, Les gouttes de Dieu consacre des chapitres entiers à vanter, pour des raisons scénaristiques, les qualités et les défauts de nombre de crus bien réels. Ce qui a, dès la fin des années 2000, causé une ruée vers des vins encore largement obscurs en Asie – voire obscurs tout court.

La reconnaissance officielle du gouvernement

Plusieurs viticulteurs français complètement méconnus, sinon des spécialistes, ont ainsi vu leur modeste production exploser avec le succès de la série. Le château Mont-Pérat, par exemple, aurait plus que doublé ses ventes après la publication du manga, et aurait vu le prix moyen de certaines de ses bouteilles multiplié par dix. Le vignoble a par ailleurs produit une cuvée spéciale en l’honneur de la série.

Tomohisa Yamashita dans Les gouttes de Dieu.©Apple TV+

D’autres histoires similaires ont émaillé la publication de la bande dessinée et de ses suites : les ventes de château Poupille, de Saint-Estèphe ou encore de château Le Puy ont fortement augmenté au fil des différentes traductions du manga à travers le monde. Un phénomène qui a également été observé avec des vins italiens présentés dans le manga, qui ont gagné une soudaine popularité en Corée du Sud.

Et si les bouteilles ont fait le voyage vers l’Asie, la BD a aussi attiré des visiteurs en France, y compris dans des régions habituellement peu prisées des touristes japonais, comme les vignobles de Bourgogne. L’impact économique des Gouttes de Dieu a par ailleurs été officiellement reconnu par le gouvernement français, qui a à ce titre récompensé par deux fois les auteurs du manga.

Fleur Geffrier et Tomohisa Yamashita dans Les gouttes de Dieu.©Apple TV+

En 2011, Agi et Okimoto se sont ainsi vus décerner la médaille de l’ordre du Mérite agricole pour leur impact sur les vignobles français. Puis, en 2018, ils ont reçu celle de l’ordre des Arts et des Lettres pour leur travail de pédagogie sur la culture viticole.

L’œuvre originale semble désormais définitivement achevée après la fin de la publication du spin-off Héritage en 2024, publié chez Glénat comme le reste de la série. Mais la licence, elle, demeure bien vivante. Les traductions de l’œuvre en cours à travers le monde, les adaptations en jeu vidéo et la série Apple TV+ continuent ainsi d’amener un nouveau public à découvrir le monde mystérieux des sommeliers d’élite.

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