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Firefox va devenir un navigateur web IA, et la communauté est furieuse

19 décembre 2025
Par Pierre Crochart
Firefox va devenir un navigateur web IA, et la communauté est furieuse
©Mozilla

La nomination du nouveau patron de Mozilla en début de semaine s’est accompagnée d’une annonce qui a mis le feu aux poudres.

Restera-t-il, fin 2026, un seul navigateur web traditionnel ? L’offre, en tout cas, se réduit comme peau de chagrin. À part Vivaldi, qui a pris position clairement contre l’intelligence artificielle, ne restait que Firefox. Mais le héraut de la navigation libre et open source semble finalement céder aux sirènes de l’IA par l’entremise de son nouveau PDG, Anthony Enzor-DeMeo. Lors de sa prise de poste en début de semaine, l’homme a officialisé ce qui a sonné comme une terrible nouvelle pour les fans : Firefox va « évoluer vers un navigateur IA moderne ».

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L’IA de plus en plus présente dans Firefox

Pour beaucoup, c’est un choc. Pour d’autres, une déception de plus qui vient s’ajouter à la pile. Voilà des mois que Firefox pave le chemin à l’arrivée de l’intelligence artificielle en son sein, notamment par des fonctionnalités d’apparence inoffensive, comme le groupement d’onglets intelligent. Plus récemment encore, la marque a annoncé l’arrivée de l’AI Window, équivalente à l’AI Mode de Google Chrome.

Les patrons de Mozilla en sont persuadés : impossible pour eux de rester compétitifs sans embrasser, dans une certaine mesure, l’intelligence artificielle. Déjà très chahuté sur le marché, avec seulement 2,3% des parts parmi les navigateurs web, Firefox doit absolument se réinventer pour séduire plus largement. Pour ce faire, la marque veut donc ménager la chèvre et le chou ; proposer aux plus technophiles les fonctions labellisées IA les plus rutilantes, tout en capitalisant sur la confiance que lui portent ses fans historiques.

Il faut bien comprendre que Firefox est une anomalie, un dernier bastion. Aujourd’hui, plus de 90 % des recherches internet passent par des navigateurs utilisant un moteur Chromium, appartenant à Google. Ainsi, même si vous utilisez Brave ou Vivaldi, vous utilisez quelque part un produit Google. Pour celles et ceux qui refusent, pour des raisons de confidentialité de données ou par conviction personnelle, d’avoir quoi que ce soit à faire avec Google, Firefox et son moteur Gecko sont la seule alternative viable. Autant dire que voir l’entreprise plier sur l’IA, que l’on sait si gourmande en énergie et en données, ça passe très mal.

Mozilla tente d’éteindre l’incendie

La semaine a été compliquée pour le nouveau patron de Mozilla, qui s’est empressé de tenter d’éteindre l’incendie sur Reddit. Pour Anthony Enzor-DeMeo, les personnes qui critiquent l’arrivée de l’IA sur Firefox ne perçoivent pas l’entièreté du tableau. « Pour réussir, Firefox doit pouvoir servir presque tout le monde, justifie le patron. Les navigateurs sont des produits uniques, qui doivent fonctionner pour presque tout le monde sur la planète. Les développeurs, les utilisateurs de Linux, les étudiants, les parents et les gens qui ne changent jamais leurs paramètres par défaut. » Des catégories d’internautes pour qui « les besoins diffèrent » de celles et ceux qui passent de longues minutes à configurer leur navigateur pour réduire au maximum le partage de données (et qui sont de loin ceux qui s’expriment le plus contre l’arrivée de l’IA sur Firefox).

« Mon travail n’est pas d’ignorer un groupe [d’utilisateurs] au profit d’un autre. Firefox doit fonctionner pour tous, sans perdre de vue ses valeurs », ajoute Enzor-DeMeo. C’est la raison pour laquelle toute fonctionnalité d’IA qui sera introduite dans Firefox disposera d’un « kill switch », annonce le patron de Mozilla. Un interrupteur, qui permettra tout simplement de se débarrasser de ces fonctionnalités et de ne plus en entendre parler. « Vous aurez une façon très claire de désactiver les fonctionnalités d’IA. Un véritable interrupteur arrivera au premier trimestre 2026. Le choix est important, et démontrer notre engagement à le respecter est notre façon de construire et de maintenir la confiance. »

Insuffisant, pour certaines et certains, qui pointent que si Firefox explique que les fonctions d’IA pourront être désactivées, cela signifie qu’elles seront bel et bien activées par défaut. À la manière de Copilot sur Windows 11, ou de Gemini sur Android et les produits Google, il semble définitivement de plus en plus difficile de détourner les yeux de l’intelligence artificielle, même si l’on n’y trouve aucun intérêt.

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Article rédigé par
Pierre Crochart
Pierre Crochart
Journaliste