Entretien

Le Forum des Lecteurs interview Chloé Bloom : un retour à Soi

24 octobre 2022
Par Anastasia
Le Forum des Lecteurs interview Chloé Bloom : un retour à Soi

Pour la parution de son tout premier livre, Déployer l’amour de soi, Chloé Bloom a accepté de se prêter au jeu d’une rencontre et de répondre à nos questions. Un moment riche d’enseignements, de partage et d’amour.

Chloé Bloom : « Je trouve qu’il y a encore un peu cette bienséance générale où l’on doit être lisse et parfait. Je mets un petit coup de pied dans la porte parce que je suis frustrée depuis petite de vivre dans un monde hypocrite.

« Tout ce que je fais de ma vie part d’une colère de gamine qui ne comprend pas pourquoi le monde est comme ça […] »

Tout ce que je fais de ma vie part d’une colère de gamine qui ne comprend pas pourquoi le monde est comme ça, pourquoi les gens sont comme ça, pourquoi ils réfléchissent comme ça. Ce n’est pas grave, je ne peux pas changer le monde, mais je peux faire mon max pour planter des petites graines…

Deployer-l-amour-de-soiEst-ce que tu peux nous parler un peu de toi, nous dire ce que tu fais et nous présenter ton livre ?

Chloé : Moi, c’est Chloé. Sur tous les réseaux sociaux, on me retrouve sous le nom de « Chloé Bloom ». C’est toujours un peu délicat de dire quel est mon métier, ce que je fais, parce que je touche à plein de choses, toujours dans cette quête de bonheur, de se développer soi-même, de se connaître et d’amour de soi.

Je suis cheffe d’entreprise et j’ai plein de projets : j’ai eu une marque de vêtement (Maison La Lune), un co-working, des formations en ligne, des retraites, des séminaires… Avec toujours cette idée d’accompagner les gens à transformer leur monde intérieur pour transformer leur vie.

On me retrouve sur instagram (@chloe___bloom), j’ai un podcast qui est mon contenu préféré aujourd’hui, et puis, je suis auteure depuis peu de temps. Le bouquin vient de sortir le 15 septembre, Déployer l’amour de soi, aux éditions Eyrolles. Maintenant, j’ai enfin un mot pour dire un des trucs que je fais : je suis auteure *rire*.

Déployer l’amour autour de soi n’est-il pas un bon moyen de déployer l’amour de soi ?

Chloé : Pour moi, c’est complètement lié. L’amour se déploie partout où on y met notre attention. Ce que tu commences à déployer en toi va forcément se déployer à l’extérieur. C’est un peu triste de dire ça, mais on voit très facilement les gens qui ne sont pas bien dans leur peau : ils sont aigris, ils portent ça sur eux, et dégagent une énergie qui est aussi très négative, ou alors ils se font petits, essaient tout le temps de rester à leur place…

Évidemment, je pense que le fait de déployer l’amour autour de soi et de chercher à créer l’amour partout, est une des voies pour apprendre à s’aimer.

« […] on peut très facilement tomber dans le sauveur, le sacrifice de soi, etc. Et ça, c’est tout sauf de l’amour de soi. »

Mais attention parce qu’en fonction des schémas dans lesquels on est depuis petit, on peut très facilement tomber dans le sauveur, le sacrifice de soi, etc. Et ça, c’est tout sauf de l’amour de soi. C’est cette quête à l’extérieur de : « Comment je peux me mettre au service de., comment je peux sauver les autres, comment je peux faire de moi un paillasson parce que c’est le seul moyen que je trouve d’être aimé ? ».

En revenant à soi, on sauve un peu moins et on est un peu moins concentré sur l’extérieur. C’est un équilibre à trouver. Alors, effectivement, il y a cette idée de déployer les choses autour de soi, mais pour moi, ça part d’ici *montre le coeur* et ça va forcément se déployer à l’extérieur. Le focus, là où l’on doit le plus se concentrer, c’est revenir à soi.

Beaucoup de gens continuent de dormir leur vie et ne se rencontrent pas eux-mêmes. Qu’est-ce qui se cache derrière ce manque d’introspection ? L’instinct de préservation ?

Chloé : Beaucoup de gens ont très peur d’apprendre à se connaître parce qu’ils imaginent qu’à l’intérieur d’eux-mêmes, il y a un monstre, quelque chose d’horrible. Mais surtout, si on a autant peur d’apprendre à se connaître et d’apprendre à conscientiser les choses, à faire ce travail d’introspection, je crois que c’est parce que ça dérange notre ego. Lui, ce qu’il veut, c’est qu’on survive, qu’on se préserve, qu’on ne change pas. Tout ce qui va venir remettre en question notre identité actuelle, balayer le château de cartes, c’est dangereux pour lui, car il cherche à s’identifier à une identité. Par exemple : « Moi, je suis Chloé Bloom et je suis Miss Parfaite. Je suis bonne là-dedans et pas bonne là-dedans. Je suis bordélique et je suis impatiente. Mais je suis aussi très sensible, très intuitive, etc. » Tout ça, c’est ce à quoi je m’identifie. Si demain, quand j’apprends à me connaître, que j’introspecte, et que je découvre que je ne suis pas tellement qui je croyais être – que j’étais persuadée d’être hyper intuitive mais je découvre que je suis hyper dans le mental, plein de choses comme ça – mon château de cartes s’effondre.

L’ego, ça le bouscule parce que ça remet en question l’identité à laquelle on s’accroche depuis longtemps. J’appelle ça le petit personnage, tu sais, car on joue tous nos personnages. Par exemple, j’ai celui de Miss parfaite qui doit tout faire à la perfection : c’est interdit de se taper la honte, d’être ridicule, de ne pas être parfait. Il faut être nickel, propre, ci-et-ça… Ça me faisait peur d’aller introspecter parce que je n’avais pas envie de changer ça. Si je lâchais mon personnage de Miss Parfaite, ça voulait dire que tout ce que j’avais fait toute ma vie était faux. Ça voulait dire que toutes les stratégies que j’avais construites jusqu’ici ne tenaient sur pas grand chose. Bien sûr, ça m’a fait peur, mais je suis allée voir, j’ai travaillé dessus et je me suis rendu compte que je n’étais pas que Miss Parfaite.

« Derrière le perfectionnisme, quand tu vas travailler sur l’ombre, tu vois qu’il se cache aussi de l’orgueil, la peur de ne pas être aimé, une envie de plaire à tout prix et de se changer. »

Derrière le perfectionnisme, quand tu vas travailler sur l’ombre, tu vois qu’il se cache aussi de l’orgueil, la peur de ne pas être aimé, une envie de plaire à tout prix et de se changer. Je pense que beaucoup de gens ont peur d’aller voir l’ombre car ça remet trop en question les stratégies et les postures dans lesquelles ils s’enferment. D’autant plus que lorsque l’on va travailler sur son ombre et introspecter, on sort de notre posture de victime…

Comment peut-on comprendre tout ça, choisir son moi profond et continuer à vivre dans cette « société » ?

Chloé : Je vais être très honnête : sur mon chemin, j’en suis au stade où je pense qu’on ne peut pas. Peut-être que dans deux ans, je te dirais finalement que si, on peut. Mais là, aujourd’hui, non.

Si tu es en train de cheminer vers ta vérité, quelle est-elle ? Est-ce que ta vérité et ce que tu désires, ta vie de rêve, c’est là où tu en es aujourd’hui, ou tu sens qu’il faut que tu changes/réajustes des choses pour mieux te trouver, te réaliser et te créer une vie sur mesure ?

Quand je vois ce qu’il se passe dans le monde, en France, et sur plein d’autres choses, j’ai l’impression que l’on est tous sous hypnose. On ne va pas rentrer dans tout ce qui est complotiste, mais je suis assez tranchée là-dessus. D’un côté, c’est chouette parce que ça nous permet d’avoir une société qui fonctionne à peu près (bien qu’elle ne soit pas équilibrée), et où chacun fait ses trucs à sa place, puis au moment d’éveil, il quitte son poste, il fait autre chose…

Si tout le monde avait cette prise de conscience, il faut aussi se poser la question de comment ça se passerait. Est-ce qu’on serait dans un monde plus pacifique ? Pas forcément. Peut-être que oui, peut-être que non, en tout cas je n’ai pas la réponse. Mais ce qui est sûr, c’est que la prise de conscience et l’éveil sont parfois douloureux parce qu’on se rend compte qu’on est à côté de nos pompes, qu’on n’est pas dans la bonne vie. Et c’est ce qu’il s’est passé pour moi quand j’ai fait mon burn out.

À chaque fois que j’ai une rupture de vie – j’appelle ça des épiphanies, des moments où tu as l’impression d’ouvrir enfin les yeux sur un truc – je me suis dit : mais qu’est-ce que je fous là ? Je ne suis pas dans les bonnes baskets.

Tu es jeune, moi aussi, mais quand tu as cette espèce d’épiphanie et cette prise de recul à 50, 60 ans, même si c’est jeune, on peut se dire : « Merde ! Je suis passé à côté de ma vie. » Il y a des gens qui vivent ça et heureusement ce n’est jamais trop tard pour se recréer cette vie sur mesure, mais c’est aussi pour ça que le fait d’apprendre à se connaître est primordial, car c’est ce qui permet de mieux s’ajuster, mieux se servir. 

« […] apprendre à se connaître est primordial car c’est ce qui permet de mieux s’ajuster, mieux se servir. »

 Plus tu te connais, plus tu sais ce dont tu as besoin et plus tu peux te créer la vie dont tu as besoin.


Est-ce que tu penses avoir vécu une nuit noire de l’âme pour en arriver sur ce chemin-là ?

Chloé : Je ne pense pas. On me demande souvent quel a été le gros déclic, mais je n’en ai pas tellement eu. Ça a vraiment été une succession de choses. Par exemple, mon chéri a des grosses phases, des prises de conscience radicales, moi, il n’y a jamais eu ce moment où je me suis réveillée un matin en me disant que j’étais perdue. Ça a été petit à petit.

Depuis que je suis petite, j’ai cette capacité d’observation et d’aller vers ce que je veux et uniquement ce que je veux. Je suis assez décidée, c’est peut-être le côté bélier *rire*. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir dû passer par le fait de toucher le fond pour me réveiller. D’accord, j’ai eu un burn out, c’était très douloureux, mais en même temps, c’était génial parce que c’était une immense opportunité de changer de voie. Donc même ça, je ne l’ai pas vécu comme une phase d’éveil absolu, mais plutôt comme une opportunité, de nouveau, d’ajuster mon costume, enlever une peau, dépouiller l’oignon. Par contre, je connais des gens qui en ont vécu, et en général, c’est la grosse crise entre 35-40 ans où il y a tout qui est remis en question. C’est une perte de repère total. Moi, je n’ai pas vécu ça, et je ne suis pas sûre de forcément la vivre un jour. En tout cas, je ne me le souhaite pas.

Pour les (futurs) parents, aurais-tu des conseils sur comment enseigner cet amour inconditionnel à l’enfant et travailler sur ses parts d’ombre ?

Chloé : Je crois que je n’ai pas la réponse. Tu sais, je ne veux pas d’enfant, et c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je n’en veux pas. C’est peut-être aussi parce que je n’ai pas envie de le faire grandir dans ce monde. Mais je pense qu’il faut garder en tête cela : on ne peut pas empêcher notre enfant d’avoir des traumas, des blessures et de l’ombre. Même quand on pense avoir les meilleurs parents du monde. J’ai eu des parents tellement aimants, tellement gentils, ils ont tout fait pour moi. J’ai été très bien éduquée, je n’ai manqué de rien, j’ai eu un socle hyper solide… C’est aussi ce qui fait que j’en suis là aujourd’hui. Et pourtant, regarde, j’ai des blessures, je n’arrive pas à m’aimer, je souffre de plein de trucs et j’ai de l’ombre.

Quand on me pose la question : « Comment faire pour éviter de créer cette part d’ombre chez nos enfants, cette partie refoulée ? », je réponds qu’on ne peut pas. Je pense que c’est très sain qu’un enfant « refoule des choses ». Attention, c’est à prendre avec des pincettes, et il ne faut pas que ça ne sorte pas de son contexte. C’est normal – et c’est sain – que l’enfant cherche à s’adapter socialement. C’est donc normal que l’enfant se dise qu’être hyper colérique et taper sur tout le monde, c’est mal. Bien sûr, ça va créer des injonctions plus tard, où il va être persuadé que la colère c’est mal, alors que c’est très bien, c’est sain de l’exprimer. Mais d’un autre côté, c’est sain dans son développement de créer cette part d’ombre.

« C’est quelque chose qui est sain d’avoir une part d’ombre, d’avoir l’ego bien en place, d’avoir des blessures »

C’est quelque chose qui est sain d’avoir une part d’ombre, d’avoir un ego bien en place, d’avoir des blessures. Ça fait partie de la vie, ce ne sont pas des choses que l’on peut éviter. Personne n’est fichu différemment là-dessus, on est tous pareil.

Par contre, ce qui est bien et qui permet de faire des enfants ouverts d’esprit et prêts à se connaître, qui s’enferment moins dans des carcans, c’est de prendre conscience des injonctions que l’on subit soi, que l’on continue de se raconter soi. Ça nous évitera de les transmettre à l’autre.

« La meilleure chose que les parents puissent faire pour permettre à l’enfant de vivre plus librement, c’est juste de travailler sur eux. »

La meilleure chose que les parents puissent faire pour permettre à l’enfant de vivre plus librement, c’est juste de travailler sur eux. D’aller chercher eux-mêmes leurs démons, leurs parts d’ombre, toutes les injonctions qu’ils se racontent, ce en quoi ils croient : « Il faut souffrir pour être belle », « Sois belle et tais-toi », « Les riches, c’est des connards », « L’argent, c’est mal », « Il ne faut pas dépenser »… Toutes ces injonctions, tant qu’on les subit et tant qu’on y croit, on les transmettra.

Dans ton livre, tu mets le doigt sur des choses intéressantes concernant le développement personnel et le côté toxique qu’il peut avoir : le fait qu’il nous éloigne de nous-mêmes, qu’il tend à annihiler nos parts d’ombres et nous insuffle de la pression sur les épaules. Peux-tu nous en parler ?

Chloé : On vit dans une société très aseptisée, dans laquelle il ne faut pas faire un pet de travers, il ne faut pas dépasser, il faut être propre, il faut être gentil, il faut être dans la bienpensance, la bienséance, la bienveillance. Ça dégueule de miel, de licorne.

Le développement perso c’est super, mais aujourd’hui, il est abordé par plein de gens qui ne l’incarnent pas, et il est interprété de plein de manières qui sont assez toxiques comme : « Devenez la meilleure version de vous-même », « Travaillez dur pour changer qui vous êtes », « Devenez plus bienveillant ». Je trouve ça à gerber.

À chaque fois que je me mets en colère ou que je réponds à quelqu’un qui est en train de m’insulter sur les réseaux, la réponse que j’ai derrière, c’est : « Pour une nana qui fait du dev perso, tu n’es vraiment pas bienveillante ». Mais comment on a pu en arriver là ? J’ai toujours trouvé depuis que je suis petite qu’on vit dans une société qui est assez hypocrite, mais avec le dev perso on atteint un level d’hypocrisie de ouf, où il faut corriger tous nos défauts et devenir l’être lumineux. Sauf que ce n’est pas humain, c’est faux, ce n’est pas la vie. L’être humain a des trucs géniaux, des trucs moins beaux, il a de la beauté, il a de la mocheté, il a de la gentillesse, il a de la méchanceté, il a des trucs qui puent vraiment et d’autres qui sont incroyables. C’est l’humanité, on ne pourra jamais contrer ça.

« La vie est faite de polarités, la vie est faite de dualité, de contraste. Et vouloir supprimer ce contraste, c’est vouloir supprimer l’humanité. »

La vie est faite de polarités, la vie est faite de dualité, de contraste. Et vouloir supprimer ce contraste, c’est vouloir supprimer l’humanité. On ne peut pas, ce n’est pas possible. Quand on est dans cette espèce de course un peu toxique pour devenir la meilleure version de soi, la seule chose qu’on fait, c’est essayer de supprimer une partie de soi, de créer un déni énorme en se disant : « Vu que j’ai décidé que ça n’existait pas, je ne le vois pas et ça n’existe pas. » Sauf que c’est toujours là, et c’est comme ça qu’on crée des comportements extrêmes et ultra toxiques. C’est quand on essaie de se persuader qu’on est une sainte nitouche, qu’on devient perverse. C’est quand on essaie de se persuader qu’on est totalement bienveillante, qu’on devient une vraie bitch à l’intérieur. À chaque fois qu’on va réfréner quelque chose, qu’il y aura de la restriction, il y aura forcément de la pulsion plus tard.

Je crois qu’il y a une urgence à ré-apprendre à être sincère et à s’aimer. Il y a une urgence à se regarder plus en face, arrêter de constamment se projeter sur les autres. Il faut revenir à soi avec les outils que l’on a sur le moment, et commencer là le travail. Ça ne sert à rien d’aller balayer partout quand le travaille doit être fait là *montre le coeur* et c’est déjà beaucoup, ça prend déjà toute une vie.

Comment faire la distinction entre l’image que l’on veut donner de soi (à soi et aux autres) et qui nous sommes profondément ?

Chloé : Mon point de vue, c’est qu’on ne peut jamais savoir qui l’on est profondément, dans le sens où l’on peut savoir qui on est à l’instant T, mais on est des êtres tellement changeant que qui tu seras demain, c’est encore différent d’aujourd’hui. Je pense qu’on ne se connaîtra jamais vraiment pleinement, mais je peux déjà connaître qui je suis dans l’instant. C’est déjà pas mal, on va éviter de se mettre trop de pression, il y en a déjà bien assez *rire*.

Parfois, on n’est pas obligé de faire la différence entre l’image que l’on a envie de rendre et qui l’on est vraiment là. C’est comme le personnage, on n’est pas tout le temps obligé de se dire : « Attends, là je suis dans mon personnage, ce n’est pas moi. » Mais si ! Je suis aussi mes personnages. Il faut comprendre que l’on est un tout. On est notre ego, notre coeur, nos personnages, notre être profond, nos émotions…

En revanche, la meilleure manière de faire la différence entre ce que je suis en train d’essayer de renvoyer aux autres, et ce que je pense et je suis à ce moment-là, ce sont les émotions. Elles nous indiquent très clairement la voie que l’on est en train de prendre. Il faut alors prendre le temps de se sonder, de revenir à soi et de se dire : « Attends, là je suis en train de dire “oui”, mais dans mon for intérieur je me sens super mal de dire “oui”. Qu’est-ce qui se passe ? Aaah ! Je dis “oui” parce que je suis encore dans mon personnage du gentil où j’ai envie que l’autre pense que je le suis. Mais pour moi, qui je suis là, ce n’est pas OK. » Et c’est tout, on peut déjà prendre conscience de ça, de ce gap, de cette distance qu’on met entre le rôle dans lequel on est tout le temps enfermé et ce que l’on ressent, là.

Déjà ça, il y a la majeure partie des gens qui ne le font pas, qui prennent des décisions par réflexe, automatisme, pour faire plaisir ou X raisons. Il y a vraiment une urgence à la conscientisation de soi.

Mais qu’en est-il de cette culpabilité qui ronge dans un sens comme dans l’autre, si l’on dit « oui » en sachant que l’on n’est pas authentique et si l’on dit « non » en ayant l’impression de trahir l’autre ?

Chloé : En fait, tu n’es pas obligé de dire « non » parce que tu penses « non ». Tu peux déjà dire « oui » parce que tu te rends compte que tu as encore envie d’être gentil. Même si tu penses « non », tu peux simplement le constater et te dire : « Là, je dis oui parce que j’ai trop peur de dire “non”, mais ce que je pense c’est “non” ». Déjà, juste arriver à être honnête avec soi-même là-dessus, c’est énorme. La plupart des gens vont plutôt dire : « Je dis “oui” parce que je ne pouvais pas faire autrement ». Simplement conscientiser le fait que tu dis « oui » parce que t’as trop peur pour dire « non », c’est pas mal.

Ensuite, quand tu arrives au stade où tu dis « non », tu t’exposes à de la désagréabilité, un sentiment désagréable où tu affirmes qui tu es. La culpabilité ne sert à rien à part laver ta conscience et te dire : « J’ai fait ça, mais vu que je culpabilise, ça veut dire que je suis une bonne personne ». Si demain tu apprends à te dire, en âme et conscience, que tu dis « non » parce que tu penses « non », c’est ce qu’il y a de plus juste parce que tu es vraiment en train d’exprimer ton non-consentement. Tu es en train de te respecter et tu es aussi en train de respecter l’autre parce que tu ne lui mens pas. La culpabilité, tu t’en sors quand tu comprends qu’elle ne sert à rien d’autre qu’à laver ta conscience. C’est un travail de longue haleine.

Au sein d’une relation de couple, on dit qu’il ne faut ni être dans la dépendance affective, ni dans l’indépendance, mais plutôt dans l’autonomie. Comment la trouver ? Est-ce que les concessions sont envisageables sur cette base-là ?

Chloé : Les concessions sont évidentes en amour. De nos jours, j’ai l’impression que les couples commencent à être incapables de faire des concessions. Chacun tire la couette de son côté en se disant : « Je ne lâcherai rien puisque tu ne fais pas d’effort. », « Je ne me plie pas à tes désirs, ça fait des siècles que moi je me plie à vos désirs. » Bien sûr, il y a aussi des siècles de colère, de mauvais traitement des femmes, et de plein d’autres choses qui nous mettent dans ces comportements, sauf qu’en amour, c’est logique qu’il y ait des concessions.

« Quand tu aimes, tu es dans la même équipe. L’autre n’est pas ton adversaire. Le but, c’est que l’équipe gagne et non que tu remportes plus de points que l’autre. »

Quand tu aimes, tu es dans la même équipe. L’autre n’est pas ton adversaire. Le but, c’est que l’équipe gagne et non que tu remportes plus de points que l’autre. Les concessions sont logiques si ça sert ton équipe et que tu as envie d’y être.

Les sacrifices, c’est encore autre chose. C’est : « J’ai tellement peur de perdre mon partenaire que je vais me sacrifier sur tous les plans, sacrifier mon consentement, sacrifier mon corps, etc. » Mais là, je ne suis pas dans une équipe et je n’essaie même pas de la faire gagner. J’essaie de garder quelqu’un qui veut se barrer ou de rendre quelqu’un amoureux. Il faut donc raisonner un peu plus équipe plutôt qu’adversaire constamment. Les concessions, ce n’est pas se trahir, ça sert aussi tes intérêts. Je te donne un exemple : J’ai une copine qui est en couple et il y a un truc sur lequel elle ne veut absolument pas lâcher alors que ça ferait plaisir à son mec et il serait plus en confiance. Par orgueil, elle refuse de lâcher le morceau : « Si je lui donne ça et que ça lui fait plaisir, il va me demander quoi après ? » Ensuite, elle se plaint que son mec ne réagisse pas de la bonne manière. Mais si elle lâchait simplement et qu’elle faisait cette concession, elle serait gagnante aussi.

Après, il faut voir comment est-ce que tu peux faire gagner ton équipe sans être dans la dépendance, en effet. Quand tu es dépendant de quelqu’un, c’est que tu es persuadé que l’autre est là pour subvenir à tes besoins. Ce sont des relations très lourdes et dangereuses, aussi bien pour le dépendant que pour celui qui est en face, ça fait peser beaucoup de poids sur ses épaules.

Quant à l’indépendance, c’est la nouvelle grosse connerie à la mode où les couples doivent être tous ultra indépendants. J’ai fait ça pendant des années, je ne voulais même pas qu’il porte mon sac, s’il faisait les courses pour moi j’avais l’impression que j’étais une assistée, … Mais il faut arrêter ça. On a besoin de ce jeu de relation où on a envie de servir l’autre, car ça nous fait du bien. À l’inverse, se faire servir ça nous fait nous sentir bien aussi. C’est vraiment : « Comment est-ce que je peux laisser l’autre prendre soin de moi quand il en a envie en arrêtant d’être tout le temps dans mon orgueil de “je suis indépendant” ? » et « Comment est-ce que je peux aussi prendre soin de l’autre quand je sens qu’il en a besoin et parce que ça me fait plaisir aussi ? » C’est vraiment cet orgueil qu’il faut mettre de côté. Et quand on y arrive, il n’y a plus de soucis de concessions : « Je le fais parce que je t’aime et que moi, ça me fait du bien ici *montre le coeur*. »

C’était important pour moi de mettre en avant ton travail parce que si j’ai commencé ce chemin vers moi, ça m’a aussi permis de mieux comprendre mon couple, de le voir évoluer, d’être moins dans le contrôle. Et ton livre, Déployer l’amour de soi, est génial car tu y expliques bien qu’on est un réservoir infini d’amour, qu’on ne peut pas en manquer ; tu décryptes en profondeur ce qu’est l’amour de soi, qu’est-ce que revenir en soi. 

Chloé : Je suis très touchée parce que je pense que c’est vraiment un sujet d’utilité publique. Tu vois les premières phrases du livre ! Je suis convaincue que si on apprenait tous à revenir à soi, conscientiser le soi et s’aimer, le monde se porterait mieux.

« Je suis convaincue que si on apprenait tous à revenir à soi, conscientiser le soi et s’aimer, le monde se porterait mieux. »

Il y a un bel éveil au niveau planétaire qui se fait. Après, c’est peut-être beaucoup plus nous, dans nos pays, en Occident, je ne sais pas trop. Mais je vois aussi qu’il y a beaucoup de choses qui changent. J’ai l’impression qu’il y a un fossé qui se creuse de plus en plus. Je ne sais pas où ça ira, mais en tout cas, il y a de plus en plus de gens qui prennent conscience qu’ils ne s’aiment pas et ça : MERCI. C’est magique car c’est quand on n’en a pas conscience que c’est dangereux pour nous. Quand on en a conscience, on sait ce qu’on doit faire, où on doit aller.

J’aimerais terminer cette rencontre par cette très belle phrase écrite dans ton livre, Déployer l’amour de soi : « Ne devenez rien, revenez juste à la maison ». Merci, car l’écho est juste.


Chloé : Je crois que c’est très important de comprendre que c’est en soi à la maison. C’est ici chez nous, donc il faut bien traiter cet endroit et vraiment en prendre soin.

« C’est très important de comprendre que c’est en soi, à la maison. »

Et on a besoin parfois de passer par des gamelles, des ruptures amoureuses, la perte d’un être cher pour prendre conscience que le seul endroit où on est chez nous, c’est là *montre le coeur*. Mais une fois qu’on s’en rend compte, on se dit : « Je vais commencer à dépoussiérer et puis je vais commencer à m’y sentir bien, je vais commencer à m’installer chez moi et arrêter de fuir constamment vers l’extérieur pour apprendre à rester chez moi. »

Aurais-tu un dernier message à faire passer ?

Chloé : Lisez le livre pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, et même pour ceux qui l’ont fait : relisez-le. C’est un livre qui peut prendre un sens différent à chaque lecture en fonction d’où vous allez vous trouver dans votre vie, les problématiques que vous allez rencontrer, où vous en serez sur votre chemin. À chaque fois que tu vas le lire, il y a des mots qui vont te marquer, puis la fois d’après ce sera tout autre chose. En tout cas, je suis très contente qu’il plaise. Sur les réseaux, j’organise régulièrement des lives pour parler du livre et répondre aux questions s’il y a besoin. Et après le livre, je pense que le meilleur contenu pour découvrir mon travail est le podcast. »

L’aventure vers Soi continue ici, avec Chloé :

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Parution le 15 septembre 2022, 176 pages

Déployer l’amour de soi, Chloé Bloom (Eyrolles) sur Fnac.com

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