Critique

Ovni(s), saison 2 : Les fantastiques X-Files déjantés de la Franchouille

20 février 2022
Par Thomas Laborde
L’équipe du Gepan, toujours à la recherche de phénomènes étranges.
L’équipe du Gepan, toujours à la recherche de phénomènes étranges. ©Canal+

La folle série revient avec des merguez, des cochons, des Indiens, de la barbe à papa, des êtres venus plutôt de loin… Oui, tout ça. Et c’est d’une saveur venue d’ailleurs, mais bien d’’ci.

Le fringant Didier Mathure n’y croyait pas. Pour l’ingénieur spatial réputé du CNES, les ovnis et autres élucubrations sur une vie venue d’ailleurs relevaient de la mythologie. La moustache bien taillée, les cheveux bien peignés, la silhouette svelte et entretenue, le costard aux couleurs pastels et la cravate qui tranche : le type n’était pas dupe. Des certitudes qui ont commencé à vaciller lorsque, après une fusée super foireuse, le scientifique est envoyé dans un placard appelé le Gepan (Groupe d’étude des phénomènes aérospatiaux non identifiés).

Voilà le cartésien coincé avec une bande d’hurluberlus bras-cassés-pieds-nickelés qui croient aux petits bonshommes verts. Nous sommes à la fin des années 1970 et rien n’est vert. Plutôt rose. Des flamants roses tombent de nulle part et apparaissent ici et là sans explications. Une enquête qui mènera Mathure à être lui-même, de ses grands yeux ébahis, témoin de la présence d’une vie extraterrestre. Sous la forme d’Eskimos…

©Nicolas Velter/Canal +

Ça, c’était la première saison de la flamboyante et extravagante série vintage Ovni(s), création 100 % française. Comment s’arrêter là, avec autant de questions ? Roulement de tambour : la deuxième saison sort ce lundi 21 février 2022 sur Canal+. Chacun est parti dans son coin. Didier Mathure et sa candide collègue Véra vivent sur la route. D’un phénomène louche à l’autre, ils tentent de convaincre la population comme les autorités de l’existence de copains de l’autre côté de la stratosphère. Rémi, lui, a décidé de faire carrière dans un grand groupe. Marcel, de son côté, s’accroche à ce qu’il reste du Gepan. L’équipe est éclatée. Jusqu’à ce qu’une barbe à papa géante, rose encore, envahisse une centrale nucléaire. Il n’en fallait pas plus pour recoller les morceaux et remettre en branle la bande du Gepan.

Ambiance rétro-rococorico-disco-barjo

Ovni(s), c’est comme une bonne pâtisserie. Du genre bien élaborée et aux saveurs multiples. On a beau en connaître le goût, les ingrédients, croquer dedans et savoir les sensations que la bouchée nous procurera, l’effet de surprise globale n’est plus là. Certes, mais on retrouve toujours cette étincelle, ce grain de folie, de douceur, de poésie, d’« abracadabrantesque », d’enfantin, de provocateur, de réconfortant dans ce gros gâteau. Dans Ovni(s), ce grain-là, justement, il est gigantesque. Et cette bouchée gourmande, on l’engloutit aussi vite que possible pour en attraper une autre. Tout était décalé, burlesque, déjanté, rétro-rococorico-disco-barjo illuminé dans la saison 1, la saison 2 pousse tous les curseurs.

Quel plaisir de retrouver ce casting hors pair. Daphné Patakia et son personnage de Véra avec ses métaphores imagées incompréhensibles, Michel Vuillermoz avec Marcel et ses expressions franchouillardes aussi surannées que touchantes, Quentin Dolmaire et Rémi, toujours aussi chevelus comme son phrasé est maladroit. Et Melvil Poupaud qui prête ses traits à Didier Mathure, et ses phrases d’une grande clarté, sujet, verbe, complément. Avec cette conviction folle dans le regard que l’acteur offre d’un film à l’autre avec générosité depuis plus de 30 ans. « En France, on n’est pas spécialiste des films de genre, estime le comédien. Alors, ce mélange d’amour, de science-fiction, de comédie vintage, ça pouvait avoir l’air casse-gueule ! Mais le talent des auteurs Clémence Dargent et Martin Douaire a opéré. Tout était convaincant ! »

Rabbi Jacob et Indiana Jones

« Il y avait de gros enjeux en saison 2, enchaîne l’autrice en question. Rassembler la bande, assumer le fantastique tranché à la fin de la saison 1, assumer et aller plus loin dans notre mythologie. Donner des réponses, et, évidemment, poser de nouvelles questions ! »

Oui, Ovni(s) est un bijou de comédie et d’aventures rocambolesques inspiré de Ghostbusters (qui intéresse aussi Hasbro), des Blues Brothers, de Rabbi Jacob, des films de Blake Edwards avec Peter Sellers (Véra s’appelle Clouseau comme l’inspecteur dans la Panthère rose). Et regorge de références comme Indiana Jones ou X-Files.

©Nicolas Velter/Canal +

Mais c’est surtout un formidable outil de réflexion sur l’interprétation d’un fait et la transmission d’une information. Qu’est-ce qui est vrai ? Que veut-on faire de ce que l’on décide d’intégrer comme vérité ? Cette vérité, à quoi, à qui est-elle utile ? En quoi croire ? Dans Ovni(s), pas de leçon de morale. Chacun est libre d’y prendre ce qu’il veut.

Dans une France caricaturale assumée des années 1970 bien tapées qui plaira aux fétichistes (Clémence Dargent a admis qu’elle, Martin Douaire et le réalisateur Antony Cordier l’étaient probablement), Ovni(s) saison 2 est une splendide farce qui, entre deux gags, évoque les fake news, le nucléaire, les migrants, l’administration, notre rapport à la science et aux médias. On ne saurait dire si la vérité est ailleurs, mais on saura affirmer que la créativité est là, sous nos yeux admiratifs.

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Article rédigé par
Thomas Laborde
Thomas Laborde
Journaliste