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Cinq pièces de théâtre à ne pas manquer à Paris en novembre

11 octobre 2021
Par Félix Tardieu
La Seconde Surprise de l'amour vu par le metteur en scène Alain Françon ©Jean Louis Fernandez

Wajdi Mouawad, Robert Wilson Pascal Rambert… la rédaction de L’Eclaireur a concocté une sélection de cinq pièces incontournables à découvrir à Paris le mois prochain. Du répertoire classique aux auteurs plus contemporains, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les envies.

1 Les Démons par Guy Cassiers

Adaptée de l’œuvre de Fiodor Dostoïevski – Comédie-Française (Salle Richelieu), jusqu’au 16 janvier 2022.

Les Démons. © Christophe Raynaud De Lage / La Comédie-Française

Tâche immense que de se frotter à l’œuvre de Fiodor Dostoïevski, l’un des plus grands romanciers du XIXe siècle, connu pour ses romans existentiels qui sondent les tréfonds de l’âme humaine tels que L’Idiot, Crime et Châtiment et Les Frères Karamazov. Si le dispositif scénique imaginé par Guy Cassiers sur la scène de la Comédie-Française – les comédiens se donnent la réplique par écrans interposés, suspendus au-dessus de la scène – semble déroutant, artificiel pour certains, il donne en réalité corps à l’essence même de la langue de Dostoïevski, dont les romans fleuves sont généralement présentés sous la forme de dialogues entre des personnages archétypaux enfermés dans leurs conceptions de l’existence. C’est notamment le cas dans Les Démons (1871), qui signale la fracture profonde entre l’idéal révolutionnaire et le nationalisme qui divise la Russie des années 1860-1870. Cette dialectique dans laquelle les personnages semblent paradoxalement ne pas s’entendre malgré la proximité des corps, bornés dans leur nihilisme pour certains, dans leur conservatisme pour d’autres, colle parfaitement avec la mise en scène de Guy Cassiers ici servie par une troupe d’exception. 

2 Mère de Wajdi Mouawad

Théâtre de la Colline, du 12 novembre au 30 décembre 2021.

 Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre de la Colline. © Simon Gosselin

L’auteur d’Incendies, adapté au cinéma en 2010 par Denis Villeneuve (Premier contact, Dune), poursuit son cycle Domestique avec Mère, qui prolonge la réflexion de Seuls et Sœurs et qui sera suivi de Pères et Frères. Auteur, comédien et metteur en scène prolifique, le directeur du théâtre national de la Colline Wajdi Mouawad entreprend avec le cycle Domestique une sorte d’archéologie du noyau familial à travers les subjectivités d’une série de personnages interceptés dans leur solitude. « Mesdames et messieurs, je tiens tout d’abord à vous remercier de me donner la parole », déclamait-t-il sur scène pour ouvrir Seuls (joué plus de 200 fois depuis sa création en 2008), comme une forme de promesse adressée au spectateur. Fidèle à cette promesse, Mère donne cette fois-ci la parole au dernier enfant d’une fratrie ayant dû fuir la guerre civile libanaise avec sa mère. En partant de ce fragment autobiographique, Wajdi Mouawad retrace le souvenir d’une mère du point de vue d’un enfant témoin malgré lui de l’absence du père et de la collision entre l’histoire et la sphère intime. 

3 Jungle Book par Robert Wilson et CocoRosie

Adaptée de l’œuvre de Rudyard Kipling, au Théâtre du Châtelet du 30 octobre au 20 novembre 2021.

Jungle Book mis en scène par Robert Wilson. © Lucie Jansch

Il en faut peu pour être heureux ! Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, l’Américain Robert Wilson a mis sur pied une adaptation colorée et électrique du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, au rythme des chansons du groupe américain CocoRosie. Ce duo musical aux influences multiples, quelque part entre folk, hip-hop et électro, apporte une nouvelle fois une touche d’énergie à la pièce de Wilson, avec des chansons jouées en direct sur scène par quatre musiciens. On y retrouve les personnages les plus emblématiques du bestiaire imaginé par Kipling, gravitant tous autour du “petit d’homme” Mowgli, de la panthère Bagheera à l’ours Baloo, en passant par le redoutable tigre Shere Khan. Signant lui-même les décors et les lumières, Robert Wilson livre une adaptation à la fois fidèle à l’œuvre originale et déjantée, ancrée dans le présent et accessible à tous les publics. Robert “Bob” Wilson mène une troupe diversifiée et insuffle à ses comédiens une animalité propre au jeu, convoquant le corps dans toutes ses dimensions. Il en résulte une comédie musicale à l’énergie folle, faisant la part belle au récit d’apprentissage et à la leçon de tolérance qui traversent l’œuvre de Kipling.

4 La Seconde Surprise de l’amour par Alain Françon

Adaptée de l’œuvre de Marivaux, à l’Odéon/Théâtre de l’Europe (Ateliers Berthier) du 5 novembre au 4 décembre 2021.

La Seconde Surprise de l’amour vue par le metteur en scène Alain Françon. © Jean Louis Fernandez

Marivaux a donné ses lettres de noblesse au genre de la comédie sentimentale avec des pièces telles que La Double Inconstance (1723) et Le Jeu de l’amour et du hasard (1730), dans le droit-fil de la commedia dell’arte. Emmenée par des comédiennes et comédiens exceptionnels – dont Georgia Scalliet, qui a joué pour Alain Françon dans Les Trois Soeurs de Tchekhov à la Comédie-Française – ce marivaudage exalte le pouvoir des mots. Alain Françon s’approprie cette écriture malicieuse de Marivaux qui s’amuse avec la prose des personnages s’aimant sans vouloir se le dire, qui manient le discours avec finesse et qui pourtant deviennent fébriles lorsqu’il s’agit de faire passer leurs désirs sur le terrain du langage. Le metteur en scène s’applique ainsi à ce que chaque mot, chaque syllabe, chaque respiration sortant de la bouche de ses acteurs soit méticuleusement pesée, traduisant ainsi la joute constante entre les mots et les sentiments, sur laquelle repose l’équilibre ténu du marivaudage.

5 Le Moment Rambert de Pascal Rambert

Théâtre des Bouffes du Nord, du 26 octobre au 14 novembre 2021.

Deux amis. © Nicolas Martinez Châteauvallon-Liberté

Le Moment Rambert est un micro-festival organisé par le théâtre des Bouffes du Nord, mettant à l’honneur l’écriture de Pascal Rambert, invité à rejouer successivement quatre de ses pièces. Dans Sœurs (Marina & Audrey), Marina Hands et Audrey Bonnet incarnent deux sœurs qui règlent leurs comptes à leur façon. Dans Clôture de l’amour, Audrey Bonnet et Stanislas Nordey (en alternance avec Pascal Rambert) sont un couple qui se déchire d’un monologue à l’autre ; les mots visent le cœur, reste à savoir qui s’effondrera le premier. Dans 8 ensemble, Pascal Rambert donne la parole à huit jeunes comédiens et comédiennes autour de l’interrogation suivante : « Comment te vois-tu en 2051 ? » Leurs trajectoires individuelles deviennent alors le sel de la pièce. Enfin dans Deux amis, Charles Berling et Stanislas Nordey forment un couple de metteurs en scène au travail sur quatre pièces de Molière et qui, pendant les répétitions, vont éprouver de plein fouet les non-dits de leur relation. 

Et maintenant, place au théâtre !

Article rédigé par
Félix Tardieu
Félix Tardieu
Journaliste