Décryptage

Tech durable : les fabricants doivent faire leur révolution

03 mars 2023
Par Florence Santrot
Tech durable : les fabricants doivent faire leur révolution
©PeachShutterstock

Tech et écologie sont bien souvent considérées comme antinomiques. Pourtant, comme dans tous les autres secteurs, l’heure est aux bonnes résolutions, qui passent par l’allongement de la durée de vie des objets, la remanufacture, le reconditionné… On fait le point.

Des réparations plus simples et des mises à jour régulières pour réduire l’obsolescence programmée, des plastiques et métaux recyclés et recyclables, des appareils pensés dès la fabrication pour être désossés en fin de vie et servir de pièces détachées… Les marques de la tech évoluent rapidement pour faire entrer leur marché dans la transition écologique et réduire leur empreinte carbone, que ce soit lors de la production, en cours d’usage ou en fin de cycle.

Même s’il reste beaucoup à faire, les consommateurs poussent pour que le secteur évolue lui aussi. Dans un sondage mené en 2022 auprès des Français, le cabinet d’études et de conseils Forrester a établi que 59 % des internautes français adultes se disent préoccupés par l’impact du changement climatique sur la société, et 57 % se considèrent comme soucieux de l’environnement. Néanmoins, la question du prix reste encore et toujours le premier critère au moment de l’acte d’achat.

Entre greenwashing et engagement

De manière générale, selon l’enquête Consumer Europe Survey 2022 de Forrester, 63 % des Français estiment que les entreprises sont responsables de la protection de l’environnement. Cependant, seuls 30 % font confiance – et 33 % ne font pas confiance – aux entreprises lorsqu’elles disent qu’elles s’engagent à atténuer le changement climatique. De plus, 53 % conviennent que les marques ont tendance à induire les consommateurs en erreur lorsqu’elles communiquent sur leurs initiatives environnementales. Le greenwashing rampant continue donc à faire des dégâts tant il est difficile d’évaluer l’impact des mesures annoncées sur le bilan carbone global. Recours aux énergies renouvelables, utilisation de matériaux recyclés, réutilisation des métaux rares, emballages sans plastique… autant de domaines sur lesquels les marques communiquent, mais bien souvent sans préciser les ordres de grandeur de ces mesures.

©Photomann7/Shutterstock

Pourtant, certaines s’engagent avec des objectifs ambitieux. Apple a ainsi pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030. « Nous sommes déjà neutres en carbone sur tous les sites opérationnels de l’entreprise. Et, d’ici 2030, nos produits le seront aussi », affirme-t-on chez la marque à la Pomme. Cela inclut notamment d’imposer aux prestataires d’utiliser 100 % d’énergie renouvelable pour fabriquer smartphones, ordinateurs, montres, écouteurs et autres tablettes. Chez Samsung, la problématique est plus complexe. Certes, l’entreprise utilise 100 % d’énergie renouvelable aux États-Unis, en Europe et en Chine, mais la situation est toute autre dans le reste de l’Asie, où se situent la plupart des lieux de production de la marque. Là-bas, l’électricité est encore bien peu « décarbonée ».

L’épineuse question de la durabilité

« C’est une vraie question dans la tech, mais elle est plus ou moins critique selon les types de produits, explique David Chauvaud, chef de produit chez le fabricant de smartphones et d’objets connectés Oppo. Quand il est question d’électroménager, là, oui, la durabilité est une question majeure. Il faut que les appareils tiennent dans le temps, consomment le moins d’énergie possible, etc. Pour des produits comme les smartphones, le critère reste encore marginal dans le choix du mobile par les consommateurs. Mais cela ne veut pas dire que les constructeurs ne s’y attaquent pas. »

Ainsi, Oppo a mis au point une solution logicielle qui permet de nettement prolonger la durée de vie de la batterie de son flagship, le Find X5 Pro. Un processus de charge mis au point par ses équipes de R&D assure que la batterie fonctionnera toujours à 80 % de sa capacité initiale après 1 600 cycles de charge contre 800 auparavant. La tendance du secteur est à l’allongement de la durée de vie des smartphones, qui sont utilisés en moyenne près de trois ans quand on était autour de deux ans il y a une dizaine d’années. Sans compter une éventuelle seconde vie par le biais d’un don ou du marché du reconditionné.

Le choix de la fiabilité avant la réparabilité

La fiabilité s’améliore au fil des ans, même si cela ne va pas toujours dans le sens de la réparabilité. Souvent, les marques expliquent devoir faire un choix : un appareil simple à réparer mais qui présente quelques faiblesses ou un appareil aux composants très intégrés (imbriqués les uns dans les autres et qui ne bougeront pas, protégés pour rendre le produit étanche, etc.), mais qui sera très ardu à démonter en cas de réparation. « Ce n’est pas un choix facile, mais la tendance globale est plutôt à viser la vie la plus longue possible du produit avant qu’il soit nécessaire de passer par une intervention technique. Et nos équipes de R&D intègrent dès la conception cette notion de réparabilité », note David Chauvaud. Néanmoins, certains nouveaux modèles comme les téléphones pliants se révèlent de véritables casse-têtes à réparer, tant leur architecture intérieure est complexe.

©Preechar Bowonkitwanchai/Shutterstock

Les 7 règles d’or pour allonger la vie de son smartphone

  • L’équiper d’une coque résistante et d’un film de protection de l’écran
  • Ne pas laisser l’appareil se charger toute la nuit
  • Utiliser un chargeur approprié
  • Faire les mises à jour régulièrement
  • Ne pas saturer la mémoire, utiliser de préférence les options cloud
  • Limiter l’exposition aux températures extrêmes (froid et chaud)
  • Nettoyer régulièrement l’appareil (notamment les saletés dans les orifices)

Prolonger la vie des produits sans affecter les revenus ?

À l’opposé de l’obsolescence programmée, l’allongement de l’utilisation des produits tech est désormais une priorité pour toutes les marques et dans tous les secteurs, et les consommateurs prennent de plus en plus cet aspect en compte au moment d’un achat. Cela passe par des arguments comme la garantie d’un certain nombre de mises à jour au fil des ans pour les appareils qui peuvent en bénéficier (ordinateurs, smartphones, télévisions, montres connectées…), mais aussi une bonne note dans l’indice de réparabilité, la disponibilité de pièces détachées, à des prix abordables, etc.

Mais de la tech plus durable signifie aussi un remplacement des appareils moins fréquent, donc moins de ventes… Comment les fabricants abordent-ils cette question ? « Économiquement, c’est un vrai défi. Mais vendre des produits plus durables va certainement nécessiter une évolution des linéaires avec moins d’appareils d’entrée de gamme et davantage de modèles milieu et haut de gamme qui se conservent plus longtemps », répond David Chauvaud. Des produits qui se vendent donc plus cher. Il ajoute : « Acheter un produit premium va aussi inciter à s’équiper dans l’écosystème créé par la marque – montre connectée, écouteurs… –, puisqu’on va le conserver plus longtemps. Je crois aussi que les services complémentaires vont se renforcer. Pour certains gratuits et d’autres payants, ce qui permettra de maintenir les bénéfices. »

Remanufacture et économie circulaire

Quand on évoque la durée de vie des produits tech, on parle bien souvent de sa première vie. Plus rarement de ce qu’il peut devenir par la suite. Il y a bien sûr la revente et la filière du reconditionné. Le cabinet Kantar estime que 21 % des téléphones mobiles achetés par les Français sur l’année 2022 étaient reconditionnés ou d’occasion. Un chiffre en hausse de 8 points par rapport à 2021 ! Marginal il y a encore quelques années, le réflexe de regarder les offres de seconde main devient peu à peu la norme. 59 % des consommateurs se déclarent aujourd’hui prêts à se tourner vers le reconditionné pour leur prochain équipement (c’est 8 points de plus qu’en 2021). Et la question de l’autoréparation fait aussi son chemin. Apple propose ce service (coûteux) et Google a par exemple publié le manuel de réparation des Pixel 7.

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Certaines marques travaillent aussi sur le sujet de la remanufacture. Il s’agit de prendre un produit en fin de vie (usé, obsolète, en panne…) et de le remettre à niveau, voire de l’améliorer par le biais d’une mise à jour. Depuis de longues années, les fabricants d’imprimantes (Xerox, Canon, Brother) mais aussi des prestataires tiers appliquent ce principe, tant pour les cartouches d’encre que pour les appareils eux-mêmes. Ainsi, depuis 2021, Canon propose aux entreprises de s’équiper de la série EQ80. Ces machines sont issues des modèles les plus vendus qui sont repris et entièrement démontés, puis réassemblés avec jusqu’à 80 % de pièces utilisées pour en faire de nouveaux appareils flambant neufs.

Dans d’autres secteurs, Philips et Siemens font de même pour des appareils médicaux et Nespresso applique ce principe de la remanufacture à ses machines. Le service après-vente les récupère après une panne ou à l’achat d’un modèle plus récent. Chaque appareil est remis en état, détartré, puis revendu à prix cassé. « Parmi les machines qui sont réceptionnées, 90 % sont réparées ou reconditionnées, et 10 % sont recyclées », précise Nespresso. Autant d’initiatives d’économie circulaire pour une tech plus vertueuse… et un monde qui tourne rond.

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