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La vague italienne

10 juin 2022

L’instant Lire à la Fnac : le rendez-vous de toutes les littératures à ne pas manquer. Baptiste Liger, directeur de la rédaction du magazine Lire – Le Magazine Littéraire, partage ses conseils de lecture. Vous vous êtes passionnés pour les livres d’Elena Ferrante, ça n’a rien d’un hasard car en France on adore la littérature italienne. Petite explication !

Viva Italia !

Baptiste Liger : « Vous vous êtes passionnés pour les livres d’Elena Ferrante, ça n’a rien d’un hasard car en France on adore la littérature italienne. Petite explication.

C’est un fait établi, dans le domaine de la littérature étrangère, force est de constater que le domaine anglo-saxon domine très largement le marché. Mais il y a un endroit, une petite place qui résiste, c’est toute la production qui nous vient de l’autre côté des Alpes. Vous l’avez compris, il s’agit de la littérature italienne.

On ne va pas remonter jusqu’aux monstres sacrés de la littérature latine ou bien aux noms panthéonisés du XXe siècle, pour mieux se concentrer sur des écrivains contemporains qui ont su, à la fois, toucher le grand public et la critique ou inversement.

Il y a, tout d’abord, tous ces auteurs dont le nom revient sempiternellement pour le Prix Nobel, Erri De Luca, l’auteur de Montedidio, ou bien encore Claudio Magris, à qui l’on doit l’énorme, l’immense Danube. Et puis il y a toute une série d’écrivains qui ont déjà plusieurs succès en France, Paolo Cognetti, dont on vient de voir à Cannes l’adaptation primée des Huit MontagnesNiccolò AmmanitiSandro VeronesiPaolo Giordano, il y en a plein.

On n’oubliera pas Roberto Saviano, le romancier reporter de Gomorra, qui a eu, certes, des petits ennuis avec la mafia locale, mais c’est une autre histoire…

Montedidio
Danube
Les-Huit-montagnes
Gomorra

Il y a évidemment des romancières, ne les oublions pas, Milena Agus et son Mal de PierresSilvia Avallone à qui on doit D’acier et évidemment, même si son identité est un peu plus mystérieuse, complexe. Vous aurez bien sûr reconnu Elena Ferrante, la romancière désormais culte de L’Amie Prodigieuse.

Mal-de-pierres
D-acier
L-amie-prodigieuse

Succès de cette dernière oblige, les éditeurs français se sont dit qu’on tenait peut-être un bon filon avec toute la production transalpine. Et parmi tous les ouvrages traduits de l’italien, on va en sélectionner deux.

Stefania Auci et la saga des Florio

Si vous appréciez les grandes sagas comme Le Guépard, vous allez forcément adorer La saga des Florio dont le deuxième tome, Le Triomphe des Lions vient de paraître.

La sicilienne Stefania Auci nous raconte ici l’essor, la success story en quelque sortes, d’un clan, les Florio donc, à travers le XIXe siècle, qui va faire fortune avec le commerce du vin de Marsala et la conserverie de poissons et plus particulièrement du thon. Tous les ingrédients du genre sont au rendez-vous pour raconter cette histoire d’ascension sociale et économique mise en parallèle avec les aléas familiaux et plus particulièrement les drames et ils sont très nombreux dans cette famille.

De quoi combler le lecteur qui trouvera là l’équivalent des meilleurs feuilletons et même, pourquoi pas, des meilleures séries télé du moment.

Les-Lions-de-Sicile-Les-Florio-Tome-1
Les-Florio-Le-Triomphe-des-lions

L’incroyable Ilaria Gaspari

Mais la littérature ne se résume certainement pas aux seuls romans. Ainsi, on a eu un véritable coup de cœur pour l’essai atypique, inclassable, de la philosophe, véritable vedette dans son pays, Ilaria Gaspari intitulé Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs.

Contrairement à ce que l’on pourrait spontanément imaginer, il ne s’agit absolument pas d’un précis de développement personnel comme il y en a beaucoup, mais d’un ouvrage qui mêle volontiers considérations philosophiques, psychanalytiques, regards sur la société d’aujourd’hui, avec l’histoire de cette Ilaria Gaspari qui est très étonnante.

Le fait, par exemple, qu’elle n’arrive pas à comprendre, à saisir la musique, ce qui est assez étonnant, le fait que quand elle était toute petite, elle n’arrivait pas à se confesser. C’est aussi quelqu’un qui s’excuse tout le temps ou bien encore, qui se passionne pour la vie sociale des chiens.

Tout ça pourrait sembler très banal, pas très intéressant, mais la grande force de cette jeune philosophe, c’est de savoir mêler cette base très triviale qui est celle, en fin de compte, de notre quotidien, avec la leçon des anciens, des grands philosophes, la définition très précise de la nostalgie, de la colère, de l’émerveillement, de la jalousie, entre autres et d’en tirer une véritable leçon de vie. À savoir que nous produisons des émotions qu’il faut assumer, mais en même temps, celles-ci nous produisent et nous constituent. Une leçon à méditer.

Et encore, on aurait pu vous parler d’autres auteurs italiens ils sont nombreux, disponibles dans les rayons de vos librairies. Preuve que l’Italie en littérature, décidément, ça nous botte ! Allez, arrivederci ! »